Ecoutez ce que vous voulez !! - CULTURE PURE

Ecoutez ce que vous voulez !! - CULTURE PURE

Nova le matin • 14/11/2025 • 03:17

À 7h35 dans CULTURE PURE, Ségo nous rappelle que parfois, c’est bien de juste parler de culture.

Transcription

Remonter le temps à l'Atelier des Lumières
et vivre une expérience immersive hors du temps.
Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange,
les chefs d'œuvre des grands maîtres
prennent vie en lumière, en musique et en mouvement.
Renaissance, un voyage fascinant au cœur de l'époque
qui a changé notre regard sur le monde.
Réservation sur atelier-lumières.com
Radio Nova ?
La culture.
C'est quoi ?
Pour moi, c'est l'amusement.
C'est ce qui reste quand on a tout oublié.
Culture, pure.
Et bien pour ce matin, figure-toi que j'avais pas d'album
dans ma liste d'attente.
La prog, pareil, pas de trépignation.
Je n'ai pas su comment on dit trépigné en trépignation.
Mais c'est bon, à 7h34 c'est bien.
Pas de sortie qui me fasse sauter du lit.
Et puis je me suis dit, mais c'est peut-être aussi une histoire de goût.
Parce que c'est sûr que des albums,
il y en a une pêleté qui sortent ce matin.
Qu'est-ce qu'on choisit ou pas de diffuser
dans ce sens-là, qu'est-ce qu'on trouve bien, qu'est-ce qu'on trouve nul.
Et c'est là que je suis retombé.
Sur ce bouquin, comme on l'envoyait,
qui s'appelle « Tu écoutes de la merde ».
De la merde.
Alors bon, je l'ai hyper mal pris,
que ce soit adressé,
avant de mieux lire les quatre petits mots tout en haut.
Et en fait, le livre s'appelle « On ne dit pas, tu écoutes de la merde ».
Et là, ça m'a chopé.
Alors, j'ai pas fini de le lire,
mais je peux dire déjà que c'est super bien écrit.
Et surtout que ça me parle fort,
parce que dans la liste des choses que je ai dans la vie,
il y a des gens qui font…
pour reprendre leur espération quand ils parlent.
Et vraiment, le snobisme du goût.
La hiérarchie de ce qui serait bon ou n'as d'aimer,
de jouer en soirée, même l'instrument qu'il faudrait
ou ne faudrait pas apprendre à jouer.
Dans son bouquin sorti il y a quelques jours,
donc Gilles Sushès, c'est le nom de l'auteur,
il cite Bourdieu dans la distinction
qui parle du conditionnement social de nos préférences esthétiques.
Autrement dit,
faite que dire à quelqu'un d'écoute de la merde,
c'est se distinguer de lui et marquer son territoire culturel.
Et il parle aussi de comment la sociologie
a encore plus précisé depuis Bourdieu
que maintenant on parle d'univers culturel
et d'hommes nivores culturels.
En gros, plus la condition culturelle de l'individu est confortable,
plus s'ouvre l'éventail des musiques
qu'il est susceptible d'apprécier.
Donc plus il est omnivore musical,
il écoute du rock psyché turc de la jungle underground
et il prend son pied à regarder la Star Act le samedi soir.
En fait, même dans cette histoire de hiérarchie des goûts,
ce que je déteste le plus, c'est le terme de Guilty Pleasure.
Je l'ai entendu dans des podcasts pompeux de stars hors sol
qui parlent de leur goût esthétique, par exemple.
Non mais ça c'est mon Guilty Pleasure, mon plaisir coupable.
Tu vois, j'écoute Céline Dion,
mais vraiment j'assume pas,
je ne suis qu'un être humain avec ses faiblesses après tout.
Et cette phrase est folle, elle dit,
j'aime ça, mais je sais que je ne devrais pas.
Il y a la confession de trahir le groupe supérieur sophistiqué
et évidemment le jugement de ceux qui n'ont pas associé de culpabilité
à ce plaisir.
Dès que tu dis c'est mon Guilty Pleasure,
t'affiches ta conscience du bon goût.
Tu dis je sais que c'est de la dove,
mais j'ai assez de capitale culturelle
pour pouvoir aimer ça avec distance.
Le sociologue de Grotte, il dit le plaisir coupable,
c'est une stratégie de classe qui permet aux gens cultivés
de s'approprier le populaire sans perdre la face.
Melinda Raid, elle, elle a théorisé le Guilty Pleasure
il y a trois ans, elle dit que ce n'est pas simplement
des oeuvres mauvaises qu'on s'emmène dans le secret,
mais c'est des trucs qui provoquent un plaisir
accompagné d'une méta-response de culpabilité.
On se juge soi-même pendant qu'on écoute, ça me rend dingue.
Et dans cette mécanique, il y a toujours un autre,
un groupe supérieur plus sophistiqué qui observe et qui juge.
Je te juge.
Donc c'est vrai, on ne dit pas, tu écoutes de la merde, jamais.
Moi je suis là ce matin pour vous dire
d'essayer de vous foutre un peu la paix.
Mais Melinda Raid, elle a lié ça à la culture queer
qui a décidé d'aimer le mauvais goût, les paillettes, le kitsch,
le mélodrama d'en faire un geste critique
et surtout libérateur, je pense que le bon goût,
de toute façon, c'est pas une question de légitimité,
mais de sincérité d'écoute.
Et finalement, le plus noble, c'est d'écouter sans honte.

A poursuivre

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