Fabrice Arfi : les journalistes sont-ils des personnages principaux ? - Personnage principal S01E05
Personnage Principal, c'est l'interview hebdomadaire de Nova le matin, dans laquelle Azzeddine Ahmed-Chaouch reçoit les premiers rôles de l'actualité.
Fabrice Arfi est venu nous parler du rôle que joue le journalisme d'investigation, de son origin story, du costume du parfait journaliste, et de si en ce moment on est plutôt dans South Park et dans le Truman Show
Fabrice Arfi est venu nous parler du rôle que joue le journalisme d'investigation, de son origin story, du costume du parfait journaliste, et de si en ce moment on est plutôt dans South Park et dans le Truman Show
Transcription
Personnage principal ? As-Dinamède-Ciaoouche.
Bienvenue dans Personnage principal.
À Radio Nova, on trouve que la réalité a dépassé la fiction,
donc on se sert de la fiction pour analyser la réalité.
Et une fois par semaine, on va la rencontre des premiers rôles de l'actu.
Le personnage principal d'aujourd'hui, c'est un journaliste d'investigation,
devenu presque plus connu que ses enquêtes,
auteur de tellement de révélations sensationnelles
que je peux juste vous donner une liste de mots-clés,
vous saurez de quoi je parle,
Keuizak, Liby, procès verbal,
juste instruction, démission de ministre, taxe de carbone.
Il écrit en plus littéralement lui-même des scénarios de série.
Bonjour, Fabrice Arfi.
Bonjour.
Alors aujourd'hui, avec vous, on va parler de scénarios au Cambolais,
ce qu'est l'erreur de casting de retournement de situation.
Mais surtout, on va essayer de répondre à une question simple.
Les journalistes sont-ils des personnages principaux ?
Et pourquoi vous invitez-vous, Fabrice Arfi,
pour parler de ces sujets ?
Parce que non seulement vous travaillez dans l'ombre,
comme récemment avec une enquête au long cours
qui a mené au procès à la condamnation et à l'incarcération
d'un ancien président de la République
dans l'affaire dit du financement de sa campagne de 2007
par la Libye de Mohamed Khaddafi.
Et aussi parce qu'en octobre dernier,
vous êtes allé en parler sur le plateau de ces ce soir
et ça avait fait 10 millions de vues.
Ça raconte qu'on est en train de tomber dans un piège.
Je veux dire, on est en train de sérieusement,
en train de discuter des livres
que vont lui, un Nicolas Sarkozy, en prison,
à l'heure qu'il a été condamné pour association de malfaiteurs,
pour avoir négocié un pacte corruptif
avec un terroriste qui a du sang français sur les mains.
Enfin sérieusement, et on est en train de parler de savoir
si c'est le Jésus du Parnon, si c'est le Jésus de la Résurrection,
si Montécristo, il va se venger tout le monde
quand il va sortir de la prison.
Alors pour répondre à votre question, pourquoi il y a des bâts ?
Pourquoi il y a des bâts ? Ou émotions ?
Ou émotions ? Et parce qu'on n'était que 8 journalistes
à suivre le procès, pas une seule télé.
Ce que cette séquence montre,
au-delà de sa force factuelle, on va parvenir sur ça,
c'est que quand vous prenez la parole,
vous prenez aussi la lumière.
Et c'est ma première question.
Quand on est journaliste d'enquête,
ça ne pose pas un problème d'être autant sur le devant de la scène
dans Pentagon Papers.
Par exemple, les journalistes ne sont pas des stars, non ?
C'est une bonne question avec laquelle je dois composer.
Je suis sûr d'avoir la bonne réponse.
Mais disons que comme on vit ce moment
où comme ça a été dit justement,
la réalité dépasse la fiction, mais plus gravement que ça,
la vérité n'est plus qu'une opinion comme une autre.
C'est le régime de la poste vérité.
Chacun est dans son couloir de conviction,
ta vérité contre ma vérité.
On n'a plus de grammaire commune pour discuter de manière civilisée.
Et que ce spectacle un peu ideé a notamment lieu
sur les plateaux de télévision,
où les médias ne sont plus le médiateur d'une grammaire factuelle,
mais c'est une sorte de cirque des opinions.
Bien c'est vrai que nous, les journalistes d'information,
on est requis pour un peu sortir de notre lit professionnel
et aller défendre nos enquêtes et les faits dans ces espaces-là.
Donc forcément, on prend la lumière qui est celle
comme dans ce studio pour éclairer les plateaux de télévision,
ou les studios de radio qui font aussi de la télévision.
Donc on est par nature exposé et ça change un peu le métier, c'est vrai.
Oui, ce qu'on va être très pratique,
est-ce qu'aujourd'hui, vous pouvez donner rendez-vous à une source
dans une brasserie, discuter, qu'elle vous donne,
je ne sais pas, un document, une clé USB,
si c'est quelqu'un vous reconnaissez,
Fabrice Arffis, super, hier sur France 5.
Ça va arriver, aujourd'hui, vous faites des selfies
qui n'étaient pas le cas avant et c'était plus facile pour enquêter.
C'est vrai, c'est une question qui se pose.
Mais comment dire, l'intelligence, c'est l'art de l'adaptation.
Il faut faire avec et trouver d'autres solutions.
Et c'est vrai qu'il faut faire attention à plein de choses
professionnellement, notamment vis-à-vis de rendez-vous
avec des gens dont on n'a pas envie de savoir qu'ils nous parlent dans des milliers publics.
Mais justement, est-ce que ça aussi,
ça peut être un avantage d'être devenu comme ça une personnalité,
un premier rôle, c'est-à-dire,
est-ce qu'il y a des gens qui sont contents de vous donner une information ?
Alors, ouais, c'est une bonne question.
Alors, d'abord, moi, comment dire, j'ai de l'orgueil,
j'ai de l'ego professionnel, mais il n'est pas flatté par ça.
Il n'est pas flatté par la médiatisation.
Ça peut avoir des désavantages, on vient d'en parler,
mais ça a aussi des avantages.
Et c'est notamment celui-ci, c'est que l'info appelle l'info.
Et la notoriété qui n'est pas un plaisir personnel,
c'est pas moi le sujet, c'est le média pour lequel je travaille.
Je sais bien que je suis le véhicule de ce média.
Mais ça vous plaît pas quand on vous dit bravo ?
Si, bien sûr, mais ça me plaît pas pour moi, ça me plaît vraiment pour...
Vous êtes un être humain, moi, quand on me dit bravo,
oui, oui, je vais pas dire le contraire.
Je préfère ça que de prendre des tomates pourries ou des sacs debout.
C'est certain, je préfère ça que l'inverse, c'est sûr.
Mais il faut garder la tête froide.
Et c'est par rapport au journalisme qu'on défend dans le média
pour lequel je travaille depuis 17 ans, médiapartes.
Et ça n'est pas qu'une question de médiapartes.
Je suis pas là pour dire médiapartes, c'est mieux que les autres
ou faire l'article de mon journal.
Plein de gens font des choses absolument formidables
dans plein de médias différents.
Et donc je le prends vraiment sur l'enjeu démocratique
que porte le journalisme qui n'est pas le lieu premier des opinions,
qui est le lieu de la fabrication du savoir par le réel.
Vraiment, encore une fois, je suis très arquebouté là-dessus.
La primauté du journaliste, c'est pas d'avoir un avis.
La primauté du journaliste, c'est celui de fournir des armes
au public le plus grand possible, ces armes qui sont non violentes,
qu'on appelle les faits, qui s'ils sont vérifiés d'intérêt général,
appartient à tout le monde.
C'est pour ça que notre métier, c'est rendre public,
ça veut dire rendre au public.
Et donc cette exposition, elle a aussi du bon,
parce qu'elle nous permet d'obtenir des informations
que nous n'avions pas avant.
Question origine, story, comme on dit,
j'imagine que vous n'avez pas commencé comme super journaliste d'investigation.
Je veux savoir qui vous étiez aussi avant.
Vous avez fait aussi des sujets tout pourris,
des marronniers, comme on dit dans le journaliste.
Vous avez fait des foires ou des inaugurations dans la presse régionale ou pas.
Vous êtes comme ça tombé du ciel ?
Non, non, non, non, ça n'arrive jamais, ça, jamais.
Moi, j'ai commencé le journalisme à 18 ans.
J'ai pas fait d'études, j'ai que le baccalauréat.
Et j'écrivais sur la musique.
En fait, le vrai métier que je voulais faire,
moi, c'était musicien.
Voilà, vous êtes bien à Nova, à Nova.
Peut-être qu'il y aura une porte de sortie un jour à Nova.
Et j'écrivais sur la musique.
Tous les soirs, j'allais voir des concerts dans la région.
Ronald Pauvergne, j'étais à Lyon.
Et la journée, je rencontrais des artistes que j'interviewais.
Donc, je vivais une vie un peu rêvée pour quelqu'un.
Vous ne pensez pas, c'est pas leur compte bancaire, on n'a pas du tout aucunement.
Mais aucunement, je donnais des avis extrêmement pompeux sur le talent des autres.
Et c'est les hasards de la vie de bureau qui ont fait que,
petit à petit, je me suis intéressé à la chaude judiciaire ou à d'autres.
Mais j'ai écrit sur des faits divers, j'ai écrit sur des foires du clou, je ne sais quoi.
J'ai fait tout ça.
Et pendant même ma première année dans le journal pour lequel j'ai travaillé,
qui était Lyon Figaro, c'est-à-dire le supplément du Figaro.
Le Lyon, mais oui, absolument.
Ça, c'est un scoop, ça même.
Ça vous a commencé à Lyon Figaro.
Mais bien sûr, mais c'est aussi un grand journal Figaro.
Il y a des choses absolument formidables.
Le Figaro, ils ont un service international, notamment absolument remarquable.
Et moi, j'ai commencé dans une excroissance locale
qui était Lyon Figaro, qui est un journal qui n'existe plus.
Et à peu près pendant un an,
j'ai passé l'intégralité de mon temps à faire des brèves,
donc des textes très courts pour annoncer des spectacles
à partir du communiqué de presse des institutions culturelles
qui nous les envoyaient.
Eh bien, c'est un exercice qui était fastidieux.
Je n'en pouvais plus.
Je finissais par connaître par coeur l'intégralité des numéros de téléphone.
Non, de toutes les institutions culturelles de Lyon,
parce que je le mettais à la fin de la brève.
Il fallait mettre pour réserver les téléphones 04-72, etc.
Et bien en même temps, ça a été un exercice exceptionnel
de l'art de la synthèse, du message essentiel.
Et comme moi, j'ai pas fait d'études, j'ai pas appris le journalisme.
Ça a été une école, ça a été à la fois très rébarbatif.
Mais je crois pouvoir dire que plus de 25 ans plus tard,
il m'en reste quelque chose.
L'école du terrain.
Exactement.
De la street, exactement.
Votre premier grand rôle, votre première grosse enquête, c'était quoi ?
Vous souvenez ou pas de l'enquête ?
C'est-à-dire, là, j'ai trouvé un truc.
Quand j'ai une grosse enquête, ça peut être même une enquête locale,
mais là, vous avez fait une enquête où vous étiez fier de vous.
Oui, enfin, fier de moi.
Disons que j'avais enquêté au début des années 2000
pour la presse Lyonnaise et un journal qui s'appelle Tribune de Lyon
sur une affaire de pédogreminalité
dans l'Église Suisse d'abord, puisqu'il avait été découvert
qu'il y avait un prêtre qui avait abusé d'un certain nombre d'enfants
dont on m'avait dit qu'il était venu se réfugier pour fuir
les plaintes qui étaient déposées en Suisse dans la région Renalpe.
Et donc, je suis parti à sa recherche.
Je pensais qu'il était dans un couvent de Capucin, dans une ville
à côté de Lyon, parce qu'il avait ces journées là.
Mais quand j'y vais, il n'est plus là.
Et en fait, j'arrive à retrouver le fil de son parcours.
Il s'était exilé, si j'ose dire, au plus tôt,
et était revenu en Suisse dans les montagnes du Jura
ou avec un photographe.
Nous sommes allés le retrouver.
Je l'ai interviewé aussi surprenant que ça puisse paraître
peut-être est-ce le poids de la confession dans cette religion.
Il m'a avoué de nouveaux de nouveaux crimes pendant l'interview.
Ah oui, comme dans une série Netflix.
Oui, oui, oui.
Et donc, ça avait provoqué une enquête du journal
pour lequel je travaillais qu'on a publié et beaucoup des mois
en Suisse, puisque ensuite, non seulement l'Église catholique
Suisse avait reconnu sa complicité dans les faits.
La justice avait ouvert un numéro vert pour pour lui trouver
d'éventuels nouvelles victimes.
On lui en a trouvé des dizaines et donc, c'était un peu mon côté
Spotlight, ce formidable film qui a eu un Oscar sur la pédocriminalité
dans l'Église. Et ça, c'était au début des années 2000 à Lyon.
Mais là, vous êtes senti utile ou pas ?
On appelle ça parfois le journalisme d'initiative.
C'est ça, c'est-à-dire que quand vous êtes à l'origine d'une enquête
et que vous ne faites pas simplement que de relayer une enquête judiciaire.
Oui, oui, exactement.
Journalisme d'initiative, c'est un peu l'idée qu'on défend très fort
à mediapart de se dire, en fait, on ne délèque pas notre cerveau
au travail des autres, les policiers, les gendarmes, les les ONG.
Ils font un travail absolument formidable, les syndicats, tout ça.
Et bien sûr, qu'il faut s'intéresser à ce qu'ils font, le relayer,
quand c'est quand c'est d'intérêt général et que voilà.
Mais on a le droit d'être autonome face à l'actualité quand on est journaliste.
Donc on a le droit de partir avec son petit calpain comme un bâton de pelin
et essayer de tirer les fils d'une histoire.
C'est ça une enquête, ça n'est que ça une enquête.
Je veux dire une enquête, c'est trouver des informations plus ou moins dissimulées,
plus ou moins cachées qui, comme les pièces d'un puzzle,
misent les unes à côté des autres, nous permet de comprendre le réel tel qu'il est.
Et donc vous avez prononcé un mot qui est pour moi cardinal dans le journalisme.
C'est utile.
Le journalisme, c'est fait pour être utile,
c'est pas fait pour se faire plaisir, on n'écrit pas pour ses sources.
On écrit pour être utile au plus grand nombre.
Et que quand on est d'accord sur le fait que 2 et 2 font 4,
que 1 fait est un fait et qu'on le restitue à qui il appartient,
c'est-à-dire au plus grand nombre, ensuite la conversation démocratique peut commencer.
Ensuite, un même fait, on peut l'interpréter de manière différente.
Et c'est là que la liberté d'expression, c'est là que la liberté des opinions,
c'est là que le débat contradictoire, c'est même là que
forme de bordel que peut être celui de la conversation démocratique commence.
Mais on a besoin d'abord des faits et d'être d'accord sur les faits
pour discuter de manière civilisée et pour être pas d'accord de manière civilisée.
C'est pour ça que pour moi, il y a quelque chose de fondamental
dans l'utilité du journalisme, c'est celui de la grammaire
qui l'offre aux sociétés organisées.
Et on viendra, par exemple, sur l'affaire Sarkozy,
où justement, ça, c'est un peu volé en éclats.
Oui, légèrement.
Ou j'ai un sentiment que, malgré l'évidence,
pour tout le monde, la table n'était pas beige.
Voilà, la table.
Vous avez déjà fait des erreurs ou pas de débutants,
comme une fuite de source, comme une info mal recoupée,
comme mettre en danger une source, ou pas ?
Alors, je ne sais pas si c'est débutant, mais en tout cas.
Non, non, bien sûr, mais on fait toujours des erreurs,
des imprécisions,
bien entendu, et même à Média Part,
par exemple, j'ai le souvenir d'un mauvais titre qui était de ma faute.
C'était moi qui l'avais fait dans l'affaire Bismuth.
C'est un proprement celle qu'on appelle l'affaire des écoutes
pour laquelle Nicolas Sarkozy a été condamné
définitivement pour corruption, et pas n'importe quelle corruption,
puisqu'il a été condamné pour avoir corrompu
un haut magistrat de la Cour de cassation.
Donc, il est bien placé pour savoir qu'en effet, parfois,
il y a des problèmes avec des magistrats et la justice,
et la justice, le lui a rappelé dans ce dossier.
Et notamment, ce dossier est basé sur des écoutes judiciaires
parfaitement légales qui l'ont été jugées comme légales,
bien que Nicolas Sarkozy et ses soutiens incomprimédiatiques
ont voulu faire croire le contraire pendant très longtemps.
Et on avait eu accès, nous, au contenu de ces écoutes,
qui étaient absolument sidérants sur ce qui se négociait
dans la coulisse entre Nicolas Sarkozy, son avocat
et le haut magistrat de la Cour de cassation dont je parle.
Et en fait, on avait fait un titre sur une phrase
de l'avocat Nicolas Sarkozy qui lui-même a été condamné
dans ce pacte corruptif qui s'appelle Maître Thierry Herzog,
où il était très insultant vis-à-vis de magistrats.
Ils avaient traité de bâtards et on a fait la une là-dessus.
Et en fait, pour moi, c'est une erreur, et je m'en veux,
d'avoir fait la une là-dessus, parce qu'au fond,
au téléphone, on peut s'énerver.
Ça, ce n'est pas une info qu'un avocat, qui est en colère,
qu'on démagistra dans une conversation avec Nicolas Sarkozy,
les traites de bâtards.
Ça, ce n'est pas une info.
Alors, bien sûr, ça a fait de la mousse quand on a fait ce titre-là.
Mais je trouve que là, on est un peu tombé dans quelque chose de spectaculaire
qui a pu dégrader l'information principale,
qui était en fait les négociations secrètes qu'il y avait en cours.
C'est-à-dire l'effet au coeur du dossier.
Je dis ça parce que ça, c'est à Mediapart.
C'est en 2014.
Ça va faire plaisir, au cours de Sarkozy, de vous voir faire un...
Je ne l'ai optimé à coup le pas.
Mais sur le titre, après, sur l'effet, bon là.
J'étais, comme vous, au procès en appel,
et c'était fou, parce que pour ce petit parenthèse,
pour la première fois, parce qu'il n'y avait pas eu
100 premières instances, les écoutes ont diffusé, diffusé.
Et on avait vu Nicolas Sarkozy qui changeait de ton
quand il était sur la ligne, qu'il pensait être sécurisé.
Et l'autre, c'était assez fondamental.
Mais c'est ça qui est très fort avec les écoutes.
C'est qu'évidemment, le ton, le timbre de la voix
ne fait pas une preuve judiciaire en soi.
Mais quand on l'a dans les oreilles,
il y a des choses qu'on comprend, qu'on ne comprend pas
si on ne fait que lire les retranscriptions.
Il se joue quelque chose, et vous me dites, vous-même,
la voix qui change, voilà.
Donc ça crée un espace mental de compréhension parfois
du contexte d'un délit qui s'écrit en direct entre nos oreilles.
Et dans cette émission, vous l'avez compris, on a bien comparé
avec le fictif, là, ce jour-là, dans cette affaire d'écoutes téléphoniques
avec Nicolas Sarkozy, qui était présent dans une petite salle en plus d'audience.
On était tous à 10, 15 mètres de lui, il venait y serrer les mains aux gens.
Là, ce qu'on s'est dit, on ne s'est pas tous dit.
Mais là, c'est fou, ce qui est en train d'arriver.
On va écouter le président de la République avec sa voix,
lui devant nous, en train de mentir aux policiers et à la justice.
Absolument. Mais ça, ça, c'est la force de l'audience
et du procès.
Le procès, c'est une épreuve de réalité terrible où il n'est pas possible
pour les mises en cause qui, dans ces dossiers, sont des gens puissants.
Je veux dire, moi, je m'intéresse au ce qu'on appelle les affaires,
les affaires politiques aux financières, la corruption, les atteintes à la probité.
Bon, par définition, si la corruption, c'est la rencontre du pouvoir
et de l'argent, il y a assez peu d'affaires de corruption, j'ai les sans abris.
Je crois pas me tromper en disant ça.
Donc, par définition, dans ces dossiers-là, les mises en cause,
ils sont puissants, ils ont des réseaux, ils ont de l'argent,
ils ont des réseaux médiatiques, ils ont des réseaux financiers,
ils ont des réseaux politiques.
Donc, ils ont la capacité, en dehors du tribunal,
d'essayer d'imposer leur version d'effet, leur récit, leur narratif
dans un 20h d'une grande chaîne ou sur des chaînes d'infos en continu.
Et malheureusement, souvent, ça marche et ils arrivent pour dire,
en fait, le problème, ce n'est pas l'effet, ce n'est pas moi.
Le problème, c'est les juges qui sont mues par des intérêts occultes
ou les journalistes qui sont, par définition, des militants contre, contre moi.
Sauf qu'un tribunal, un procès, c'est une unité de temps, de lieu et de personnage.
Et là, ce spectacle-là, il est inopérant.
Ça marche peut-être sur une estrade politique,
ça marche peut-être à la télé, ça ne marche pas dans le temps long
devant des magistrats qui ne sont pas là pour rentrer dans ce cirque-là,
mais qui sont là pour accumuler un dossier des espèces de briques factuelles
qui, petit à petit, forment une sorte de mur au pied duquel se retrouve le mis en cause.
Et est-ce que vous racontez sur le procès en appel de l'affaire Bismuth
et la force de sidération de cet élément matériel,
qui est une preuve des écoutes judiciaires,
ça a opéré à plein, comme la définition chimiquement pure
de ce qu'une audience peut créer vis-à-vis un des magistrats,
deux du public, puisque la justice est quand même publique
et rendue au nom du peuple français.
Justement, et vous le disiez dans le son qu'on a rediffusé tout à l'heure
sur l'émission, c'est ce soir sur France 5,
ce qui me frappait, j'imagine que vous avez partagé ce point de vue,
c'est que c'était sous-traité médiatiquement.
On avait les écoutes téléphoniques du président diffusé qui disait des dingrilles.
Ça n'a pas fait l'un de tous les jours, non ?
Non, et d'ailleurs, je vais vous montrer,
la manière dont cette affaire est qualifiée d'affaires des écoutes.
Ça, c'est déjà une victoire du narratif sarcosiste,
parce qu'appeler ça à l'affaire des écoutes,
c'est laisser croire que le problème, ce sont les écoutes.
Qui est exactement la position de Nicolas Sarkozy.
Ces écoutes sont illégales et tout, elles ne sont pas,
elles ont été jugées parfaitement légales,
y compris jusque devant la cour de cassation.
Ça existe des affaires des écoutes sous François Mitterrand.
Il y a eu une affaire des écoutes, et d'ailleurs la première victime,
c'était le fondateur de Média Part et de Louis Plénel,
qui était un journaliste écouté par des écoutes
qui, elle, étaient illégales, administratives et politiques,
et jugées comme illégales.
Mais là, dans l'affaire Bismuth, les écoutes judiciaires,
c'est un moyen d'enquête, comme une perquisition, une garde à vue.
On n'appelle pas ça l'affaire de la perquisition,
l'affaire de la garde à vue, c'est un moyen d'enquête.
Et donc déjà d'avoir réussi à imposer dans les médias
l'idée que l'affaire Bismuth, qui est une affaire de corruption,
d'un haut magistrat, est en fait l'affaire des écoutes,
c'est montrer à quel point il y a quelque chose de performatif,
parfois dans la défense,
et ils ont parfaitement le droit de se défendre, les mises en cause.
Et il n'y a pas de problème là-dessus.
Mais dans les affaires d'atteinte à la probité,
ça marche auprès de certains éditorialistes,
ça marche très bien,
et y compris auprès de certains journalistes,
surtout dans l'espace audiovisuel,
qui méprisent ces dossiers-là, qui ne les suivent pas.
Oui, qui n'ont pas le temps de les lire,
on ne s'en intéresse pas.
Et qui ne viennent pas au procès.
Au cinéma, les costumes, c'est important.
On va changer d'ambiance.
Et les journalistes d'enquête,
moi j'ai l'impression aussi que je sais pas si c'est les costumes, c'est important,
mais il y a un style, quand même, vestimentaire là.
On parle souvent de la veste un peu beige.
Aujourd'hui, vous avez la barbe de 4-5 jours un peu plus.
Pour vous, il faut s'habiller de certaine manière.
Quand on devient journaliste d'investigation, ça y est.
Vous étiez journaliste de musique, vous n'habilliez pas comme ça avant-sit.
C'est peut-être une question personnelle,
mais mon look a évolué avec mon âge,
pas tellement avec la matière sur laquelle j'ai écrivé.
Je sais pas trop si je répond aux canons du genre,
mais c'est vrai qu'il y a une imagerie qui a été fixée,
notamment par le cinéma,
et notamment par le cinéma américain,
mais qui est un cinéma qui a su aux États-Unis
s'approprier le rôle du journaliste comme étant un personnage important.
Ce n'est pas le cas du tout du cinéma français.
Les rares films où le journaliste est au centre du récit se comptent sur les doigts d'une main.
Et souvent, c'est pour raconter que le journaliste est quand même un corrompu
qui est très proche du pouvoir et ça.
Évidemment, je ne suis pas là pour venter une héroïzation du personnage de journaliste,
encore que quand même, c'est un très beau personnage.
Et des films comme, évidemment, Les Hommes du Président,
de Alan Jeep à Kula sur l'affaire du Watergate avec Woodward et Bernstein,
incarné par les deux journalistes du Washington Post,
incarné par Robert Redford et Dustin Hoffman,
avec leur look en velour,
beaucoup le magnifique Robert Redford,
ou celui dont j'ai parlé, Spotlight,
qui un peu plus tard a eu l'oscar du meilleur film
sur une incroyable enquête du Boston Globe
sur la pédagriminalité de l'église.
Mais on peut penser à des films aussi dont le journalisme n'est pas le cœur du sujet.
Quand le journalisme est le cœur du sujet, on appelle ça des Newspaper Movies.
Voilà, les Hommes du Président, Spotlight, Zodiac,
tout à fait un autre genre.
Mais je prends deux films que j'adore,
deux réalisateurs que j'adore absolument.
Le premier, c'est Serpico avec Al Pacino, Sidney Lumet,
le lieutenant de police à New-York,
qui dénonce la corruption de la police de New-York et qui n'y arrive pas.
Un autre film avec Robert Redford, peut-être le film où il est le plus beau,
qui est un film de Sidney Pollack,
c'est l'autre Sidney qui est les trois jours du Condor.
Et maintenant, c'est deux films où là, il joue un agent de la CIA
qui est pris dans un complot, etc.
Maintenant, c'est deux films.
Le journalisme n'est pas le sujet,
mais le journalisme est la solution du scénario.
Dans les deux films...
C'est magnifique ça !
Oui, bien sûr, dans les deux films, si vous regardez,
Al Pacino, il est coincé dans sa...
C'est un lanceur d'alerte, il est coincé,
il est méprisé par sa hiérarchie,
personne ne le croit, il fait du mal à son institution.
Et bien, le scénario se débloque
parce qu'à un moment donné,
on le voit qu'il va parler dans une arrière-salle d'un café
avec un journaliste.
Et à partir de ce moment-là,
parce que ça devient public,
il y a quelque chose de démocratique qui se passe.
Et c'est exactement pareil pour Robert Redford
dans les trois jours du Condor.
La dernière image, c'est Robert Redford,
qui rentre au New-York Times.
Ce qu'en France, de mémoire dans l'affaire Clearstream,
c'est Gilles Le Louch qui jouait Denis Robert
dans l'affaire Clearstream.
Il y avait eu un vieux film avec Patrick De Vert,
1000 milliards de dollars.
Voilà, mais c'est très rare.
Alors ça change un peu,
mais c'est vrai que la figure du journaliste
n'est pas une figure fictionnelle
qui intéresse beaucoup les réalisateurs, réalisatrices
et scénaristes
et le monde du cinéma français.
Evidemment, d'où je suis,
parce que je plaide pour ma boutique,
je trouve ça éminemment dommage.
Ça pourrait réconcilier les Français
avec les journalistes
ou pas d'avoir une nouvelle imagerie ?
Bien sûr, parce qu'il y a des histoires,
enfin je veux dire des années 50 jusqu'à aujourd'hui.
Il y a des histoires de presse qui sont extraordinaires
avec des figures journalistiques
absolument et absolument extraordinaires.
Alors évidemment, ça évolue un peu.
On a vu, par exemple, le film inspiré de la BD
sur les algues vertes,
la journaliste Inès Léros
qui est portée à l'écran par Céline Salette.
Donc je ne dis pas qu'il ne se passe rien.
Mais c'est quand même un peu comme les patrons de gauche
et les poissons volants,
ce n'est pas la majorité du genre.
Alors tous les grands acteurs disent
« Ben moi c'est Belmondo, Gabin, De Niro,
par exemple, la patino qui m'a inspirée
pour parler des Américains.
Vous, c'est Edoui Plénel, votre pigmalion ou pas ? »
Oh, pigmalion, je ne sais pas.
Mais Edoui a fait partie des figures
qui m'ont donné envie de faire ce métier.
Et notamment un de ses livres que j'ai lu
quand j'avais peut-être 17, 18 ans, 19 ans,
qui était un livre sur la présidence Mitterrand
où il racontait ses enquêtes
qu'il avait fait sur la présidence Mitterrand
et puis il essayait d'en tirer des leçons de choses.
Et c'est un livre absolument formidable.
Ça fait un peu employé du moi de dire ça,
mais je le pense vraiment.
Il le sait qui s'appelle « La part d'ombre ».
Et c'est un livre d'un style
et d'une puissance factuelle
et d'un style d'analyse
que je trouve absolument remarquable.
Mais j'ai mis l'autre figure qui m'ont inspiré
et surtout « Outre-Atlantique ».
Bien sûr, le journaliste Sémur Ursch,
même si à la fin de sa carrière
il a fait des révélations très contestées,
je crois assez contestables,
mais on lui doit les révélations
sur le massacre de Miley pendant la guerre du Vietnam,
l'espionnage de la population américaine
par la CIA
ou la révélation dans le New Yorker
des tortures d'Abou Graïb par l'armée américaine en Irak,
évidemment le duo Woodward Bernstein
mais aussi ce qu'on peut appeler le journalisme littéraire,
Gaetalys, Tom Wolf, Norman Mailer ou tant d'autres.
Moi je suis allé puiser des inspirations
n'ayant pas fait d'école de journalisme.
N'ayant rien appris à l'université,
je me suis fait mon université intime
avec des figures de partout.
Mais justement, sur Edouie Plénel,
il n'y a pas une contradiction
parce que tout à l'heure vous me parliez du journaliste de fait,
du réel.
Edouie Plénel a aussi connu
la partie journalisme d'opinion éditorialiste.
C'est vrai, bien sûr.
Ce qui n'est pas trop votre calme, on va dire.
Non mais Edouie, il a une carrière
qui se compte sans lui faire injure en décennie.
Il a dirigé des journaux,
il a dirigé la rédaction du premier quotidien français Le Monde.
Il a, par nature, quand on est à des postes comme ça,
pris des positions, fait des éditoriaux
et moi-même sur ma matière
ou au sein du service que je co-dirige
le service des enquêtes avec Michael H. Denberg à Mediapart,
il m'arrive de faire ce qu'on appelle à Mediapart des partis pris,
c'est-à-dire des articles d'analyse
où on prend position,
mais la matière première de tout cela,
ce sont toujours les faits.
C'est pour ça que je plaide
pour la primauté de l'information sur les opinions.
Je ne dis pas que les opinions,
c'est moins bien que l'information
et que l'information, c'est mieux que les opinions.
Il faut les deux en démocratie.
Mais il faut une primauté de l'information sur l'opinion.
Il faut d'abord les informations
et après l'opinion.
Sinon, franchement,
ce n'est plus du journalisme.
C'est un bavardage d'apéro entre copains.
Moi, j'adore ça dans ma vie privée,
mais sur des plateaux télé et ce n'est pas possible.
En fait, comment vous recrutez les futurs harfies à des castigues ?
Quels sont les qualités pour devenir
journaliste d'investigation ?
Le look, le look déjà,
évidemment, la bonne veste.
Voilà, la veste en vidéo.
En écoles du journalisme,
j'ai donné des cours en écoles du journalisme.
On va apprendre à faire un bon papier,
à appeler des gens, à recouper un peu,
mais on n'apprend pas l'investigation.
On sort de l'école,
c'est même pas ce qu'est un pv,
un procès verbal, un pv d'audition.
Ce n'est pas ce qu'est un magistrat instructeur.
Voilà, par exemple.
Bien sûr, mais ça,
ce n'est pas que le problème du journalisme.
C'est vrai que là, ce que vous pointez sur la...
En fait, en France,
si on ne fait pas des études de droit,
on ne sait rien de la justice.
C'est quand même, alors qu'on est tous concernés,
toutes et tous concernés pendant toute notre vie
par potentiellement la chose judiciaire,
soit que nous soyons victimes,
soit que nous soyons auteurs ou autrices d'un délit.
Mais même quand vous allez à la boulangerie,
vous achetez un baguette de pain,
vous passez à un contrat.
C'est quand même juridique ce qu'il se passe,
parce que vous ne signez pas qu'il n'existe pas.
Bon, et c'est vrai que personne ne sait ce qu'il y a un procureur,
un juge d'instruction, comment ça fonctionne, etc.
Et on ne l'apprend pas plus bizarrement dans les écoles de journalisme.
Sur le recrutement à Média Part,
bon, en fait, c'est très compliqué le recrutement,
parce qu'on essaye à la fois de ne pas tomber
dans les billets sociologiques
qui sont ceux d'une rédaction parisienne,
dans un quartier sympathique,
dans le 11e arrondissement de Paris,
et avoir une espèce d'uniformisation d'une rédaction.
Donc, on essaye d'ouvrir les vannes du point de vue de l'origine sociale,
de toutes sortes d'origine pour échapper à un carcan sociologique,
parce que, en fait,
ce n'est pas sans conséquence sur la façon de regarder le monde
et les sujets qui peuvent nous intéresser.
Ce qui est certain, c'est que pour le service enquête,
avec Michael, H. Danberg,
on ne regarde jamais les diplômes des gens, par exemple.
Moi, je me contrefous.
C'est très français de voir de quelle école on vient.
Moi, vraiment, ça m'intéresse,
parce que voilà, la vie des gens, le parcours, m'intéresse.
Mais ça entre, mais jamais en ligne de compte de savoir
si quelqu'un a fait Sciences Po, Normal Sup,
telle école de journalisme ou pas du tout, aucune autre.
Et je serais quand même très mal placé
pour être arbitre des élégances,
moi-même, n'ayant que le bac à l'auréat.
Allez, on va parler de votre blog buster, c'est l'affaire Sarkozy.
Alors déjà, l'affaire Sarkozy et du financement dit Libyen.
Un bon film, c'est aussi un bon pitch.
Nous, on veut, parce que personne n'y comprend rien.
D'ailleurs, c'est le titre documentaire d'un film
dont Radio Nova est partenaire.
Le pitch de cette affaire, en deux phrases,
trois phrases pour qu'on comprenne de quoi il s'agit.
Ben, l'ancien président, et c'est de plus proches collaborateurs,
ont noué avec une dictature effroyable
et le numéro deux de cette dictature
qui est un terroriste condamné par la France,
un pacte de corruption dont le but était de financer
illégalement la campagne présidentielle de 2007.
C'est ça, le résumé tel que le tribunal de première instance
l'a écrit dans son jugement en décidant de condamner
Nicolas Sarkozy, Brice Hortefoe, Claude Guéant,
qui sont les deux lieutenants dont je viens de parler.
Alors évidemment, ils ont fait appel.
Et comme ils ont fait appel,
ils sont de nouveau présumés innocents.
Et donc on verra ce que la Cour d'appel de Paris
qui se réunira entre mars et juin 2026
dira à nouveau de cette affaire qui n'a pas douté
et probablement l'une des plus grandes affaires
d'atteinte à la probité de la Vème République
et peut-être même des républiques précédentes.
Alors il a été plus rapide que dans le prison de break.
Nicolas Sarkozy, 50 prisons est sorti au bout de 20 jours.
C'est normal qu'il sorte aussitôt,
beaucoup gens ne comprennent pas.
Alors autant certains dans l'autre camp
fait semblant peut-être de ne pas comprendre.
Toi, il y a vraiment des gens qui ne comprennent pas.
50 prisons 20 jours nous parlent de son âge.
Est-ce qu'il peut retourner déjà en prison pour ?
En fait, c'est vrai que c'est dur à comprendre.
Mais en réalité, j'espère que quand on explique,
on le comprend très facilement comme très souvent dans ces histoires.
Nicolas Sarkozy, il est condamné au terme du procès
à 5 ans de prison ferme.
Et il est incarcéré au regard de l'exceptionnelle gravité des faits
qui ont été jugés, que j'ai essayé de résumer.
C'est la raison pour laquelle il est placé en détention.
Il est traité comme le citoyen qu'il est.
Je veux dire, près de 90 % des gens,
d'après la statistique du ministère de la Justice,
dans un cas équivalent, sont incarcérés.
Donc il y a en fait,
ça aurait été un privilège pour Nicolas Sarkozy
de ne pas avoir été incarcéré.
Donc c'est l'application de la loi de l'incarcerer.
Seulement, c'est là où ça devient technique et juridique,
à partir du moment où Nicolas Sarkozy fait appel du jugement,
qui par définition ne peut intervenir qu'après le jugement.
On ne peut pas faire appel avant, puisqu'on ne le connait pas.
À partir du moment où il fait appel, son statut change.
Il n'est plus un condamné qui purge une peine.
C'est un présumé innocent placé en détention provisoire
dans l'attente de son procès, qui sera son procès en appel.
À partir de ce moment-là,
la loi nous dit que les critères pour le maintenir en détention provisoire
ne sont pas les mêmes que ceux pour lesquels on l'a incarcéré.
Dès lors, on regarde autre chose.
Et ce que nous dit le Code de procédure pénale,
c'est que la prison pour la détention provisoire doit être l'unique moyen.
C'est l'expression de l'article 144 du Code de procédure pénale.
C'est l'unique moyen pour éviter un, une fuite,
d'un risque de concertation avec les complices présumés.
Trois, des destructions de preuve, quatre, des pressions sur les témoins.
La Cour d'appel a estimé que,
vu les garanties de représentation de Nicolas Sarkozy qui s'est présenté,
à toutes ses gardes à vue, à toutes ses auditions,
à toutes ses audiences au procès,
il avait des garanties de représentation qui font que la prison
en détention provisoire pour lui n'est pas l'unique moyen d'empêcher le reste.
Pour autant, la Cour d'appel a dit, je vous libère,
mais il y a un contrôle judiciaire très serré
qui vous empêche de rencontrer vos complices.
De faire pression sur les témoins et même d'entrer en contact
de quelque manière que ce soit avec le ministre de la Justice et la Cour d'appel
a écrit pour la sérénité des débats et pour préserver l'indépendance de la justice.
Donc déjà, ce que le président de la Cour d'appel envoie comme signal
à la fois à l'équipe Sarkozy, mais aussi à Gérald Darmanin
et au gouvernement en disant attention,
on ne va pas tolérer la moindre émiction qui pourrait perturber notre indépendance.
Ça n'est pas rien.
La scène la plus marquante, on ne l'a pas vu venir, en fait.
C'est Carla Bruny Sarkozy qui tende d'arracher la bonnette de Médiapart.
Vous avez réagi comment, c'est ça?
Nous, on a trouvé ça hallucinant.
Certains ont rigolé, il y a eu beaucoup de mèmes.
C'est devenu presque une image pop.
C'est ça.
Mais ça veut dire aussi quelque chose.
Oui, d'abord, d'abord, la bonnette va bien.
Voilà, elle est journal, tout va bien.
Elle est un peu gratinée.
Non, on va la mettre sous cloche, un peu comme le canard enchaîné
qui, dont des agents des services secrets intérieurs
avaient fait un trou dans les futurs locaux du canard pour mettre des micros.
Ils ont gardé le trou, le canard, et c'était dans le bureau du directeur.
Et ils ont mis ce trou nous a été offert par le ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin.
Bon, on va s'inspirer de ça pour pour mettre la bonnette sous cloche
et dire que cette bonnette a été jetée le 25 septembre 2025
par terre au tribunal de Paris par Carla Bruny Sarkozy.
Bon, c'est à la fois, c'est un geste en effet très pop
qui a été le véhicule d'une attention et d'une curiosité
qui a permis à plein de gens qui ne s'intéressaient peut-être pas naturellement
à cette histoire, à s'y intéresser.
Donc merci, Carla Bruny, qui a été pour nous une attachée de presse formidable.
Pour autant, je ne suis pas pour qu'on folklorise trop le geste
et que ça vienne écraser l'exceptionnelle gravité
pour reprendre les termes du tribunal de cette affaire, qui est une affaire très grave
parce que Nicolas Sarkozy essaye de se faire passer pour la victime dans ce dossier.
Or, il y a des vrais victimes dans ce dossier qui sont les familles de victimes
d'un attentat dans l'auteur et le terroriste avec lequel on négociait d'après la justice
les proches, les doublures, si j'ose dire, de Nicolas Sarkozy.
Et justement, ce spectacle-là et les éléments de langage
qui essaient d'imposer Nicolas Sarkozy dans le débat public
ont vocation précisément à occulter ses faits d'une gravité incroyable.
En vous et les séries, il y a un truc, parce que vous avez co-écrit,
c'est ça, ou écrit, la série argent et de sang.
C'est ça, c'est dans ce sens d'argent et de sang.
Pardon, que j'ai vu, qui est vraiment très bien sur l'affaire de la taxe carbone,
qui est là aussi, c'est une affaire dont on n'y comprend pas grand chose à l'origine.
Vous n'aviez jamais écrit de scénarios,
tu apprends une fois d'un scénario aussi long de comme ça ?
Oui, en fait, ce qui s'est passé, c'est que j'ai fait des enquêtes pour
mes diapartes sur l'escroquerie au côte à carbone qui a ce site particulier
d'avoir débouché directement et indirectement sur des assassinats,
quelque chose de très scorcésien dans cette affaire.
Et ensuite, c'est devenu un livre de, comment dire,
de journalisme sans fiction, un livre du réel qui s'appelle
d'argent et de sang que j'ai écrit et le réalisateur Xavier Giannoli,
qui s'était passionné pour cette histoire, a décidé de l'adapter
en série de fiction.
Il m'a demandé de l'accompagner avec le scénariste
Jean-Baptiste de Lafond pour être un peu garant de l'intégrité
face au réel de cette affaire et de cette série qui demeure
toutefois une série de fiction.
Est-ce qu'il y a des largesses qui ont été prises,
que vous avez validées ?
Vous avez d'ailleurs participé au casting ou pas ?
Vous avez dit, ah tiens, Ramsey Bédias, je le vois bien,
un marquant moulive, dis-quoi.
Alors, j'ai pas participé au casting à proprement parler,
mais j'étais associé par Xavier Giannoli qui me disait
qu'est-ce que tu en penses, qu'il me montrait les tests
qui étaient faits face caméra pour le casting ?
Oui, oui, c'était super, moi, j'ai découvert un univers
qui n'est pas le mien et je dois dire que pendant longtemps,
à tort et même bêtement, quand on est journaliste,
parfois, on s'est dit la fiction, c'est le lieu du mensonge.
Et en fait, pas du tout là, j'avais compris théoriquement
que c'était pas le cas en grandissant,
mais en étant confronté à l'exercice pratique
de la transformation du réel en série de fiction populaire
et grand public, j'ai compris à quel point la fiction,
c'était un autre visage du réel et qu'on pouvait faire des fictions
intègres vis-à-vis du réel quand elle s'en réclame.
C'est-à-dire que, vous savez, quand on voit cette série
est inspirée de faits réels ou librement inspirée de faits réels,
etc., quand on s'inspire de faits réels dans la fiction,
de mon point de vue, c'est le rapport moral que j'ai à Sam
et qui est exactement celui de Xavier Giannoli,
on a une dette vis-à-vis du réel dont on s'inspire.
On ne fait pas n'importe quoi.
Mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas avoir de l'imagination,
inventer des scènes et des personnages,
mais on ne manipule pas non plus,
on ne trahit pas le réel dont on s'inspire.
Ça avait été reproché par exemple à Bac-Nord,
où ça avait été la thèse de policière.
Alors qu'il y avait des policiers condamnés,
elle avait été suivie par le réalisateur Jiménez,
et on avait dit d'ailleurs à l'extrême-droite,
tu avais salut le film.
Exactement, et c'est ce qu'on a vu,
et c'est ce qu'on voit en ce moment sur les écrans,
avec le film La femme la plus riche du monde,
inspirée de la ferbette en cours,
qui a quelque chose dans son scénario,
tel que c'est raconté dans le film,
absolument, de mon point de vue manipulatoire
et qui vise un but très précis,
c'est de dire que tel personnage dans la vraie affaire
est peut-être un dendis scandaleux,
mais sûrement pas quelqu'un qui a profité
de la vieillesse et de la faiblesse d'une vieille dame
pour la dépouiller.
Et donc voilà, et donc je trouve que ça pose
des questions politiques, éthiques,
absolument passionnantes au cinéma,
quand il s'inspire du réel,
et des réalisateurs, je les ai cités,
comme Pacoula, comme Sidé Lumet, comme Scorsese.
Il y a un documentaire en ce moment sur Scorsese,
sur la vie de Scorsese qui s'appelle
Mr. Scorsese, qui est réalisé par Rebecca Miller,
qui montre que Scorsese,
dont la plupart de la filmographie est inspirée du réel,
il avait l'obsession de la vérité.
Et donc il faisait toujours très attention
dans son scénario, qui est un scénario de fiction,
d'être au plus près de la vérité et du réel.
Comme le Lou De Wall Street.
Exactement, et d'ailleurs c'est pas pour rien
que l'un des grands scénaristes de Scorsese,
Nicolas Pellegui, était un journaliste.
De dernière question,
vous pourriez changer de métier,
justement, de venir un scénariste,
réalisateur ou ses journalistes à vie ?
Non, je sais pas.
Je pense qu'on n'est pas mariés avec son métier.
Je trouve ça moi fascinant de bifurquer.
J'ai beaucoup d'admiration pour les gens
qui changent de métier.
Peut-être qu'un jour,
je ferai de la musique plus sérieusement.
Je ferai de la cuisine où je sais pas quoi ou rien.
On fait quoi en musique ?
Moi, je joue de la guitare.
Oui, et quoi, comme c'est quoi, c'est roche ?
J'ai un petit groupe,
on fait des reprises qu'on déconstruit complètement.
C'est vrai ?
Et voilà, on fait parfois des petits concerts
dans les bars du 20e à Paris.
Il faudra me dire.
Voilà, les Josiane, ça s'appelle.
Ah oui ?
Moi, vous avez fait votre promo sur Radio Nova.
Sur Radio Nova, c'est très beau.
Les copains seront contents.
Mais bien sûr, non, non, je ne sais pas.
Je sais pas répondre à cette question,
mais je pense que tout est toujours possible.
Et vous comprenez qu'on puisse vous dire,
c'est souvent, ça vient souvent de la bolauré sphère,
que vous êtes un média orienté,
que vous êtes un média de gauche,
que vous les attaquez.
Là, c'est la question journalistique aujourd'hui,
pour terminer.
Ben, ben, venant de chaînes comme CNews,
ça manque pas celle, quand même,
d'être accusé d'idéologie ou une militantine
pour des gens qui sont en réalité
le véhicule de l'idéologie.
Et j'ai envie de dire, c'est pas un débat de...
Vraiment, c'est pas un débat extrême droite,
extrême gauche, gauche, droite.
C'est pas tant ça le problème.
C'est que pour servir l'idéologie qui est celle
par exemple du groupe bolauré et CNews,
c'est qu'ils ont besoin de manipuler l'effet.
Ils ont besoin du faux
pour pouvoir imposer leur récit.
Et je veux dire, une chaîne qui serait d'extrême gauche
et qui ferait exactement la même chose,
ce serait pas plus acceptable.
Donc, la question n'est pas une question
de ce point de vue-là.
Pour moi, la question principale,
bien sûr que l'extrême droite est une idéologie
d'une dangerosité folle.
On en a déjà fait l'expérience dans notre histoire
et je ne fais pas d'équivalence.
Mais, ce qui m'importe en tant que professionnelle
de l'information, c'est le rapport au réel.
Et on sait bien que des idéologies
qui ne sont pas celles du camp de l'extrême droite
peuvent aussi produire des tragédies en termes d'information.
Je veux dire quand même dans l'Union soviétique,
le journal s'appelait la pravda.
Ça veut dire la vérité,
on était à peu près sûr de ne pas la trouver dedans.
Donc, ce qui importe, c'est vraiment,
et je reviens au début de notre discussion,
c'est la grammaire factuelle
et les faits ont parfois quelque chose de brutal
qui s'impose à nous
et qui nous oblige à penser contre nous-mêmes.
Et c'est ça qui est fort dans le journalisme.
Pour terminer cet entretien,
pour vous, on est dans quelle série actuellement ?
Dans le monde dans lequel on vit aujourd'hui ?
On est dans plein de séries, plein de films.
On est à la fois dans South Park.
On est à la fois dans une série que j'avais adoré,
qui s'appelait Yours & Yours,
qui était une dystopie, mais une petite dystopie.
C'était notre époque plus subitant.
Et en fait, c'était très fort,
parce qu'on se disait c'est pas croyable ce qui s'y passe
et en même temps, on avait l'impression que c'était possible.
Et c'est vrai que c'est une série qui est sortie
il y a quelques années, qui est déjà dépassée.
Donc on est vraiment dans ce moment hors-ouéliens
d'un monde inversé.
Une autre série, on est un peu dans Stranger Things.
Stranger Things, cette série de science-fiction
où il y a un monde normal, le nôtre,
et puis il y a un monde inversé.
Mais littéralement, à l'envers, l'upside-down,
dans lequel il y a les monstres.
Et bien, ce monde renversé qui est hors-ouéliens
où la guerre, c'est la paix, l'ignorance, c'est la force,
c'est le monde renversé et les monstres, c'est ça.
Les monstres, c'est ceux qui participent de l'effacement
de la frontière entre le vrai et le faux.
Et donc je vais répondre. Peut-être que la solution,
la solution à tout ça, c'est un personnage,
c'est Jim Carrey, dans le Truman Show.
Quand il décide de prendre le bateau
pour s'échapper de ce monde fictif,
factice qu'on lui a construit.
Et c'est compliqué, il y a la tempête,
il est renversé, il est en guenis, il est trempé,
il prend des coups.
Mais au bout d'un moment, le bateau, il touche le décor.
Et bien, c'est ça le journaliste, quand on touche le décor.
Merci pour cette conclusion magnifique, Fabrice Arfi.
Merci d'avoir été personnage principal.
Et on vous retrouve évidemment dans Mediapart.
On vous retrouve dans quelques...
Personnage principal, Asvin Ahmed Shahouj.
Bienvenue dans Personnage principal.
À Radio Nova, on trouve que la réalité a dépassé la fiction,
donc on se sert de la fiction pour analyser la réalité.
Et une fois par semaine, on va la rencontre des premiers rôles de l'actu.
Le personnage principal d'aujourd'hui, c'est un journaliste d'investigation,
devenu presque plus connu que ses enquêtes,
auteur de tellement de révélations sensationnelles
que je peux juste vous donner une liste de mots-clés,
vous saurez de quoi je parle,
Keuizak, Liby, procès verbal,
juste instruction, démission de ministre, taxe de carbone.
Il écrit en plus littéralement lui-même des scénarios de série.
Bonjour, Fabrice Arfi.
Bonjour.
Alors aujourd'hui, avec vous, on va parler de scénarios au Cambolais,
ce qu'est l'erreur de casting de retournement de situation.
Mais surtout, on va essayer de répondre à une question simple.
Les journalistes sont-ils des personnages principaux ?
Et pourquoi vous invitez-vous, Fabrice Arfi,
pour parler de ces sujets ?
Parce que non seulement vous travaillez dans l'ombre,
comme récemment avec une enquête au long cours
qui a mené au procès à la condamnation et à l'incarcération
d'un ancien président de la République
dans l'affaire dit du financement de sa campagne de 2007
par la Libye de Mohamed Khaddafi.
Et aussi parce qu'en octobre dernier,
vous êtes allé en parler sur le plateau de ces ce soir
et ça avait fait 10 millions de vues.
Ça raconte qu'on est en train de tomber dans un piège.
Je veux dire, on est en train de sérieusement,
en train de discuter des livres
que vont lui, un Nicolas Sarkozy, en prison,
à l'heure qu'il a été condamné pour association de malfaiteurs,
pour avoir négocié un pacte corruptif
avec un terroriste qui a du sang français sur les mains.
Enfin sérieusement, et on est en train de parler de savoir
si c'est le Jésus du Parnon, si c'est le Jésus de la Résurrection,
si Montécristo, il va se venger tout le monde
quand il va sortir de la prison.
Alors pour répondre à votre question, pourquoi il y a des bâts ?
Pourquoi il y a des bâts ? Ou émotions ?
Ou émotions ? Et parce qu'on n'était que 8 journalistes
à suivre le procès, pas une seule télé.
Ce que cette séquence montre,
au-delà de sa force factuelle, on va parvenir sur ça,
c'est que quand vous prenez la parole,
vous prenez aussi la lumière.
Et c'est ma première question.
Quand on est journaliste d'enquête,
ça ne pose pas un problème d'être autant sur le devant de la scène
dans Pentagon Papers.
Par exemple, les journalistes ne sont pas des stars, non ?
C'est une bonne question avec laquelle je dois composer.
Je suis sûr d'avoir la bonne réponse.
Mais disons que comme on vit ce moment
où comme ça a été dit justement,
la réalité dépasse la fiction, mais plus gravement que ça,
la vérité n'est plus qu'une opinion comme une autre.
C'est le régime de la poste vérité.
Chacun est dans son couloir de conviction,
ta vérité contre ma vérité.
On n'a plus de grammaire commune pour discuter de manière civilisée.
Et que ce spectacle un peu ideé a notamment lieu
sur les plateaux de télévision,
où les médias ne sont plus le médiateur d'une grammaire factuelle,
mais c'est une sorte de cirque des opinions.
Bien c'est vrai que nous, les journalistes d'information,
on est requis pour un peu sortir de notre lit professionnel
et aller défendre nos enquêtes et les faits dans ces espaces-là.
Donc forcément, on prend la lumière qui est celle
comme dans ce studio pour éclairer les plateaux de télévision,
ou les studios de radio qui font aussi de la télévision.
Donc on est par nature exposé et ça change un peu le métier, c'est vrai.
Oui, ce qu'on va être très pratique,
est-ce qu'aujourd'hui, vous pouvez donner rendez-vous à une source
dans une brasserie, discuter, qu'elle vous donne,
je ne sais pas, un document, une clé USB,
si c'est quelqu'un vous reconnaissez,
Fabrice Arffis, super, hier sur France 5.
Ça va arriver, aujourd'hui, vous faites des selfies
qui n'étaient pas le cas avant et c'était plus facile pour enquêter.
C'est vrai, c'est une question qui se pose.
Mais comment dire, l'intelligence, c'est l'art de l'adaptation.
Il faut faire avec et trouver d'autres solutions.
Et c'est vrai qu'il faut faire attention à plein de choses
professionnellement, notamment vis-à-vis de rendez-vous
avec des gens dont on n'a pas envie de savoir qu'ils nous parlent dans des milliers publics.
Mais justement, est-ce que ça aussi,
ça peut être un avantage d'être devenu comme ça une personnalité,
un premier rôle, c'est-à-dire,
est-ce qu'il y a des gens qui sont contents de vous donner une information ?
Alors, ouais, c'est une bonne question.
Alors, d'abord, moi, comment dire, j'ai de l'orgueil,
j'ai de l'ego professionnel, mais il n'est pas flatté par ça.
Il n'est pas flatté par la médiatisation.
Ça peut avoir des désavantages, on vient d'en parler,
mais ça a aussi des avantages.
Et c'est notamment celui-ci, c'est que l'info appelle l'info.
Et la notoriété qui n'est pas un plaisir personnel,
c'est pas moi le sujet, c'est le média pour lequel je travaille.
Je sais bien que je suis le véhicule de ce média.
Mais ça vous plaît pas quand on vous dit bravo ?
Si, bien sûr, mais ça me plaît pas pour moi, ça me plaît vraiment pour...
Vous êtes un être humain, moi, quand on me dit bravo,
oui, oui, je vais pas dire le contraire.
Je préfère ça que de prendre des tomates pourries ou des sacs debout.
C'est certain, je préfère ça que l'inverse, c'est sûr.
Mais il faut garder la tête froide.
Et c'est par rapport au journalisme qu'on défend dans le média
pour lequel je travaille depuis 17 ans, médiapartes.
Et ça n'est pas qu'une question de médiapartes.
Je suis pas là pour dire médiapartes, c'est mieux que les autres
ou faire l'article de mon journal.
Plein de gens font des choses absolument formidables
dans plein de médias différents.
Et donc je le prends vraiment sur l'enjeu démocratique
que porte le journalisme qui n'est pas le lieu premier des opinions,
qui est le lieu de la fabrication du savoir par le réel.
Vraiment, encore une fois, je suis très arquebouté là-dessus.
La primauté du journaliste, c'est pas d'avoir un avis.
La primauté du journaliste, c'est celui de fournir des armes
au public le plus grand possible, ces armes qui sont non violentes,
qu'on appelle les faits, qui s'ils sont vérifiés d'intérêt général,
appartient à tout le monde.
C'est pour ça que notre métier, c'est rendre public,
ça veut dire rendre au public.
Et donc cette exposition, elle a aussi du bon,
parce qu'elle nous permet d'obtenir des informations
que nous n'avions pas avant.
Question origine, story, comme on dit,
j'imagine que vous n'avez pas commencé comme super journaliste d'investigation.
Je veux savoir qui vous étiez aussi avant.
Vous avez fait aussi des sujets tout pourris,
des marronniers, comme on dit dans le journaliste.
Vous avez fait des foires ou des inaugurations dans la presse régionale ou pas.
Vous êtes comme ça tombé du ciel ?
Non, non, non, non, ça n'arrive jamais, ça, jamais.
Moi, j'ai commencé le journalisme à 18 ans.
J'ai pas fait d'études, j'ai que le baccalauréat.
Et j'écrivais sur la musique.
En fait, le vrai métier que je voulais faire,
moi, c'était musicien.
Voilà, vous êtes bien à Nova, à Nova.
Peut-être qu'il y aura une porte de sortie un jour à Nova.
Et j'écrivais sur la musique.
Tous les soirs, j'allais voir des concerts dans la région.
Ronald Pauvergne, j'étais à Lyon.
Et la journée, je rencontrais des artistes que j'interviewais.
Donc, je vivais une vie un peu rêvée pour quelqu'un.
Vous ne pensez pas, c'est pas leur compte bancaire, on n'a pas du tout aucunement.
Mais aucunement, je donnais des avis extrêmement pompeux sur le talent des autres.
Et c'est les hasards de la vie de bureau qui ont fait que,
petit à petit, je me suis intéressé à la chaude judiciaire ou à d'autres.
Mais j'ai écrit sur des faits divers, j'ai écrit sur des foires du clou, je ne sais quoi.
J'ai fait tout ça.
Et pendant même ma première année dans le journal pour lequel j'ai travaillé,
qui était Lyon Figaro, c'est-à-dire le supplément du Figaro.
Le Lyon, mais oui, absolument.
Ça, c'est un scoop, ça même.
Ça vous a commencé à Lyon Figaro.
Mais bien sûr, mais c'est aussi un grand journal Figaro.
Il y a des choses absolument formidables.
Le Figaro, ils ont un service international, notamment absolument remarquable.
Et moi, j'ai commencé dans une excroissance locale
qui était Lyon Figaro, qui est un journal qui n'existe plus.
Et à peu près pendant un an,
j'ai passé l'intégralité de mon temps à faire des brèves,
donc des textes très courts pour annoncer des spectacles
à partir du communiqué de presse des institutions culturelles
qui nous les envoyaient.
Eh bien, c'est un exercice qui était fastidieux.
Je n'en pouvais plus.
Je finissais par connaître par coeur l'intégralité des numéros de téléphone.
Non, de toutes les institutions culturelles de Lyon,
parce que je le mettais à la fin de la brève.
Il fallait mettre pour réserver les téléphones 04-72, etc.
Et bien en même temps, ça a été un exercice exceptionnel
de l'art de la synthèse, du message essentiel.
Et comme moi, j'ai pas fait d'études, j'ai pas appris le journalisme.
Ça a été une école, ça a été à la fois très rébarbatif.
Mais je crois pouvoir dire que plus de 25 ans plus tard,
il m'en reste quelque chose.
L'école du terrain.
Exactement.
De la street, exactement.
Votre premier grand rôle, votre première grosse enquête, c'était quoi ?
Vous souvenez ou pas de l'enquête ?
C'est-à-dire, là, j'ai trouvé un truc.
Quand j'ai une grosse enquête, ça peut être même une enquête locale,
mais là, vous avez fait une enquête où vous étiez fier de vous.
Oui, enfin, fier de moi.
Disons que j'avais enquêté au début des années 2000
pour la presse Lyonnaise et un journal qui s'appelle Tribune de Lyon
sur une affaire de pédogreminalité
dans l'Église Suisse d'abord, puisqu'il avait été découvert
qu'il y avait un prêtre qui avait abusé d'un certain nombre d'enfants
dont on m'avait dit qu'il était venu se réfugier pour fuir
les plaintes qui étaient déposées en Suisse dans la région Renalpe.
Et donc, je suis parti à sa recherche.
Je pensais qu'il était dans un couvent de Capucin, dans une ville
à côté de Lyon, parce qu'il avait ces journées là.
Mais quand j'y vais, il n'est plus là.
Et en fait, j'arrive à retrouver le fil de son parcours.
Il s'était exilé, si j'ose dire, au plus tôt,
et était revenu en Suisse dans les montagnes du Jura
ou avec un photographe.
Nous sommes allés le retrouver.
Je l'ai interviewé aussi surprenant que ça puisse paraître
peut-être est-ce le poids de la confession dans cette religion.
Il m'a avoué de nouveaux de nouveaux crimes pendant l'interview.
Ah oui, comme dans une série Netflix.
Oui, oui, oui.
Et donc, ça avait provoqué une enquête du journal
pour lequel je travaillais qu'on a publié et beaucoup des mois
en Suisse, puisque ensuite, non seulement l'Église catholique
Suisse avait reconnu sa complicité dans les faits.
La justice avait ouvert un numéro vert pour pour lui trouver
d'éventuels nouvelles victimes.
On lui en a trouvé des dizaines et donc, c'était un peu mon côté
Spotlight, ce formidable film qui a eu un Oscar sur la pédocriminalité
dans l'Église. Et ça, c'était au début des années 2000 à Lyon.
Mais là, vous êtes senti utile ou pas ?
On appelle ça parfois le journalisme d'initiative.
C'est ça, c'est-à-dire que quand vous êtes à l'origine d'une enquête
et que vous ne faites pas simplement que de relayer une enquête judiciaire.
Oui, oui, exactement.
Journalisme d'initiative, c'est un peu l'idée qu'on défend très fort
à mediapart de se dire, en fait, on ne délèque pas notre cerveau
au travail des autres, les policiers, les gendarmes, les les ONG.
Ils font un travail absolument formidable, les syndicats, tout ça.
Et bien sûr, qu'il faut s'intéresser à ce qu'ils font, le relayer,
quand c'est quand c'est d'intérêt général et que voilà.
Mais on a le droit d'être autonome face à l'actualité quand on est journaliste.
Donc on a le droit de partir avec son petit calpain comme un bâton de pelin
et essayer de tirer les fils d'une histoire.
C'est ça une enquête, ça n'est que ça une enquête.
Je veux dire une enquête, c'est trouver des informations plus ou moins dissimulées,
plus ou moins cachées qui, comme les pièces d'un puzzle,
misent les unes à côté des autres, nous permet de comprendre le réel tel qu'il est.
Et donc vous avez prononcé un mot qui est pour moi cardinal dans le journalisme.
C'est utile.
Le journalisme, c'est fait pour être utile,
c'est pas fait pour se faire plaisir, on n'écrit pas pour ses sources.
On écrit pour être utile au plus grand nombre.
Et que quand on est d'accord sur le fait que 2 et 2 font 4,
que 1 fait est un fait et qu'on le restitue à qui il appartient,
c'est-à-dire au plus grand nombre, ensuite la conversation démocratique peut commencer.
Ensuite, un même fait, on peut l'interpréter de manière différente.
Et c'est là que la liberté d'expression, c'est là que la liberté des opinions,
c'est là que le débat contradictoire, c'est même là que
forme de bordel que peut être celui de la conversation démocratique commence.
Mais on a besoin d'abord des faits et d'être d'accord sur les faits
pour discuter de manière civilisée et pour être pas d'accord de manière civilisée.
C'est pour ça que pour moi, il y a quelque chose de fondamental
dans l'utilité du journalisme, c'est celui de la grammaire
qui l'offre aux sociétés organisées.
Et on viendra, par exemple, sur l'affaire Sarkozy,
où justement, ça, c'est un peu volé en éclats.
Oui, légèrement.
Ou j'ai un sentiment que, malgré l'évidence,
pour tout le monde, la table n'était pas beige.
Voilà, la table.
Vous avez déjà fait des erreurs ou pas de débutants,
comme une fuite de source, comme une info mal recoupée,
comme mettre en danger une source, ou pas ?
Alors, je ne sais pas si c'est débutant, mais en tout cas.
Non, non, bien sûr, mais on fait toujours des erreurs,
des imprécisions,
bien entendu, et même à Média Part,
par exemple, j'ai le souvenir d'un mauvais titre qui était de ma faute.
C'était moi qui l'avais fait dans l'affaire Bismuth.
C'est un proprement celle qu'on appelle l'affaire des écoutes
pour laquelle Nicolas Sarkozy a été condamné
définitivement pour corruption, et pas n'importe quelle corruption,
puisqu'il a été condamné pour avoir corrompu
un haut magistrat de la Cour de cassation.
Donc, il est bien placé pour savoir qu'en effet, parfois,
il y a des problèmes avec des magistrats et la justice,
et la justice, le lui a rappelé dans ce dossier.
Et notamment, ce dossier est basé sur des écoutes judiciaires
parfaitement légales qui l'ont été jugées comme légales,
bien que Nicolas Sarkozy et ses soutiens incomprimédiatiques
ont voulu faire croire le contraire pendant très longtemps.
Et on avait eu accès, nous, au contenu de ces écoutes,
qui étaient absolument sidérants sur ce qui se négociait
dans la coulisse entre Nicolas Sarkozy, son avocat
et le haut magistrat de la Cour de cassation dont je parle.
Et en fait, on avait fait un titre sur une phrase
de l'avocat Nicolas Sarkozy qui lui-même a été condamné
dans ce pacte corruptif qui s'appelle Maître Thierry Herzog,
où il était très insultant vis-à-vis de magistrats.
Ils avaient traité de bâtards et on a fait la une là-dessus.
Et en fait, pour moi, c'est une erreur, et je m'en veux,
d'avoir fait la une là-dessus, parce qu'au fond,
au téléphone, on peut s'énerver.
Ça, ce n'est pas une info qu'un avocat, qui est en colère,
qu'on démagistra dans une conversation avec Nicolas Sarkozy,
les traites de bâtards.
Ça, ce n'est pas une info.
Alors, bien sûr, ça a fait de la mousse quand on a fait ce titre-là.
Mais je trouve que là, on est un peu tombé dans quelque chose de spectaculaire
qui a pu dégrader l'information principale,
qui était en fait les négociations secrètes qu'il y avait en cours.
C'est-à-dire l'effet au coeur du dossier.
Je dis ça parce que ça, c'est à Mediapart.
C'est en 2014.
Ça va faire plaisir, au cours de Sarkozy, de vous voir faire un...
Je ne l'ai optimé à coup le pas.
Mais sur le titre, après, sur l'effet, bon là.
J'étais, comme vous, au procès en appel,
et c'était fou, parce que pour ce petit parenthèse,
pour la première fois, parce qu'il n'y avait pas eu
100 premières instances, les écoutes ont diffusé, diffusé.
Et on avait vu Nicolas Sarkozy qui changeait de ton
quand il était sur la ligne, qu'il pensait être sécurisé.
Et l'autre, c'était assez fondamental.
Mais c'est ça qui est très fort avec les écoutes.
C'est qu'évidemment, le ton, le timbre de la voix
ne fait pas une preuve judiciaire en soi.
Mais quand on l'a dans les oreilles,
il y a des choses qu'on comprend, qu'on ne comprend pas
si on ne fait que lire les retranscriptions.
Il se joue quelque chose, et vous me dites, vous-même,
la voix qui change, voilà.
Donc ça crée un espace mental de compréhension parfois
du contexte d'un délit qui s'écrit en direct entre nos oreilles.
Et dans cette émission, vous l'avez compris, on a bien comparé
avec le fictif, là, ce jour-là, dans cette affaire d'écoutes téléphoniques
avec Nicolas Sarkozy, qui était présent dans une petite salle en plus d'audience.
On était tous à 10, 15 mètres de lui, il venait y serrer les mains aux gens.
Là, ce qu'on s'est dit, on ne s'est pas tous dit.
Mais là, c'est fou, ce qui est en train d'arriver.
On va écouter le président de la République avec sa voix,
lui devant nous, en train de mentir aux policiers et à la justice.
Absolument. Mais ça, ça, c'est la force de l'audience
et du procès.
Le procès, c'est une épreuve de réalité terrible où il n'est pas possible
pour les mises en cause qui, dans ces dossiers, sont des gens puissants.
Je veux dire, moi, je m'intéresse au ce qu'on appelle les affaires,
les affaires politiques aux financières, la corruption, les atteintes à la probité.
Bon, par définition, si la corruption, c'est la rencontre du pouvoir
et de l'argent, il y a assez peu d'affaires de corruption, j'ai les sans abris.
Je crois pas me tromper en disant ça.
Donc, par définition, dans ces dossiers-là, les mises en cause,
ils sont puissants, ils ont des réseaux, ils ont de l'argent,
ils ont des réseaux médiatiques, ils ont des réseaux financiers,
ils ont des réseaux politiques.
Donc, ils ont la capacité, en dehors du tribunal,
d'essayer d'imposer leur version d'effet, leur récit, leur narratif
dans un 20h d'une grande chaîne ou sur des chaînes d'infos en continu.
Et malheureusement, souvent, ça marche et ils arrivent pour dire,
en fait, le problème, ce n'est pas l'effet, ce n'est pas moi.
Le problème, c'est les juges qui sont mues par des intérêts occultes
ou les journalistes qui sont, par définition, des militants contre, contre moi.
Sauf qu'un tribunal, un procès, c'est une unité de temps, de lieu et de personnage.
Et là, ce spectacle-là, il est inopérant.
Ça marche peut-être sur une estrade politique,
ça marche peut-être à la télé, ça ne marche pas dans le temps long
devant des magistrats qui ne sont pas là pour rentrer dans ce cirque-là,
mais qui sont là pour accumuler un dossier des espèces de briques factuelles
qui, petit à petit, forment une sorte de mur au pied duquel se retrouve le mis en cause.
Et est-ce que vous racontez sur le procès en appel de l'affaire Bismuth
et la force de sidération de cet élément matériel,
qui est une preuve des écoutes judiciaires,
ça a opéré à plein, comme la définition chimiquement pure
de ce qu'une audience peut créer vis-à-vis un des magistrats,
deux du public, puisque la justice est quand même publique
et rendue au nom du peuple français.
Justement, et vous le disiez dans le son qu'on a rediffusé tout à l'heure
sur l'émission, c'est ce soir sur France 5,
ce qui me frappait, j'imagine que vous avez partagé ce point de vue,
c'est que c'était sous-traité médiatiquement.
On avait les écoutes téléphoniques du président diffusé qui disait des dingrilles.
Ça n'a pas fait l'un de tous les jours, non ?
Non, et d'ailleurs, je vais vous montrer,
la manière dont cette affaire est qualifiée d'affaires des écoutes.
Ça, c'est déjà une victoire du narratif sarcosiste,
parce qu'appeler ça à l'affaire des écoutes,
c'est laisser croire que le problème, ce sont les écoutes.
Qui est exactement la position de Nicolas Sarkozy.
Ces écoutes sont illégales et tout, elles ne sont pas,
elles ont été jugées parfaitement légales,
y compris jusque devant la cour de cassation.
Ça existe des affaires des écoutes sous François Mitterrand.
Il y a eu une affaire des écoutes, et d'ailleurs la première victime,
c'était le fondateur de Média Part et de Louis Plénel,
qui était un journaliste écouté par des écoutes
qui, elle, étaient illégales, administratives et politiques,
et jugées comme illégales.
Mais là, dans l'affaire Bismuth, les écoutes judiciaires,
c'est un moyen d'enquête, comme une perquisition, une garde à vue.
On n'appelle pas ça l'affaire de la perquisition,
l'affaire de la garde à vue, c'est un moyen d'enquête.
Et donc déjà d'avoir réussi à imposer dans les médias
l'idée que l'affaire Bismuth, qui est une affaire de corruption,
d'un haut magistrat, est en fait l'affaire des écoutes,
c'est montrer à quel point il y a quelque chose de performatif,
parfois dans la défense,
et ils ont parfaitement le droit de se défendre, les mises en cause.
Et il n'y a pas de problème là-dessus.
Mais dans les affaires d'atteinte à la probité,
ça marche auprès de certains éditorialistes,
ça marche très bien,
et y compris auprès de certains journalistes,
surtout dans l'espace audiovisuel,
qui méprisent ces dossiers-là, qui ne les suivent pas.
Oui, qui n'ont pas le temps de les lire,
on ne s'en intéresse pas.
Et qui ne viennent pas au procès.
Au cinéma, les costumes, c'est important.
On va changer d'ambiance.
Et les journalistes d'enquête,
moi j'ai l'impression aussi que je sais pas si c'est les costumes, c'est important,
mais il y a un style, quand même, vestimentaire là.
On parle souvent de la veste un peu beige.
Aujourd'hui, vous avez la barbe de 4-5 jours un peu plus.
Pour vous, il faut s'habiller de certaine manière.
Quand on devient journaliste d'investigation, ça y est.
Vous étiez journaliste de musique, vous n'habilliez pas comme ça avant-sit.
C'est peut-être une question personnelle,
mais mon look a évolué avec mon âge,
pas tellement avec la matière sur laquelle j'ai écrivé.
Je sais pas trop si je répond aux canons du genre,
mais c'est vrai qu'il y a une imagerie qui a été fixée,
notamment par le cinéma,
et notamment par le cinéma américain,
mais qui est un cinéma qui a su aux États-Unis
s'approprier le rôle du journaliste comme étant un personnage important.
Ce n'est pas le cas du tout du cinéma français.
Les rares films où le journaliste est au centre du récit se comptent sur les doigts d'une main.
Et souvent, c'est pour raconter que le journaliste est quand même un corrompu
qui est très proche du pouvoir et ça.
Évidemment, je ne suis pas là pour venter une héroïzation du personnage de journaliste,
encore que quand même, c'est un très beau personnage.
Et des films comme, évidemment, Les Hommes du Président,
de Alan Jeep à Kula sur l'affaire du Watergate avec Woodward et Bernstein,
incarné par les deux journalistes du Washington Post,
incarné par Robert Redford et Dustin Hoffman,
avec leur look en velour,
beaucoup le magnifique Robert Redford,
ou celui dont j'ai parlé, Spotlight,
qui un peu plus tard a eu l'oscar du meilleur film
sur une incroyable enquête du Boston Globe
sur la pédagriminalité de l'église.
Mais on peut penser à des films aussi dont le journalisme n'est pas le cœur du sujet.
Quand le journalisme est le cœur du sujet, on appelle ça des Newspaper Movies.
Voilà, les Hommes du Président, Spotlight, Zodiac,
tout à fait un autre genre.
Mais je prends deux films que j'adore,
deux réalisateurs que j'adore absolument.
Le premier, c'est Serpico avec Al Pacino, Sidney Lumet,
le lieutenant de police à New-York,
qui dénonce la corruption de la police de New-York et qui n'y arrive pas.
Un autre film avec Robert Redford, peut-être le film où il est le plus beau,
qui est un film de Sidney Pollack,
c'est l'autre Sidney qui est les trois jours du Condor.
Et maintenant, c'est deux films où là, il joue un agent de la CIA
qui est pris dans un complot, etc.
Maintenant, c'est deux films.
Le journalisme n'est pas le sujet,
mais le journalisme est la solution du scénario.
Dans les deux films...
C'est magnifique ça !
Oui, bien sûr, dans les deux films, si vous regardez,
Al Pacino, il est coincé dans sa...
C'est un lanceur d'alerte, il est coincé,
il est méprisé par sa hiérarchie,
personne ne le croit, il fait du mal à son institution.
Et bien, le scénario se débloque
parce qu'à un moment donné,
on le voit qu'il va parler dans une arrière-salle d'un café
avec un journaliste.
Et à partir de ce moment-là,
parce que ça devient public,
il y a quelque chose de démocratique qui se passe.
Et c'est exactement pareil pour Robert Redford
dans les trois jours du Condor.
La dernière image, c'est Robert Redford,
qui rentre au New-York Times.
Ce qu'en France, de mémoire dans l'affaire Clearstream,
c'est Gilles Le Louch qui jouait Denis Robert
dans l'affaire Clearstream.
Il y avait eu un vieux film avec Patrick De Vert,
1000 milliards de dollars.
Voilà, mais c'est très rare.
Alors ça change un peu,
mais c'est vrai que la figure du journaliste
n'est pas une figure fictionnelle
qui intéresse beaucoup les réalisateurs, réalisatrices
et scénaristes
et le monde du cinéma français.
Evidemment, d'où je suis,
parce que je plaide pour ma boutique,
je trouve ça éminemment dommage.
Ça pourrait réconcilier les Français
avec les journalistes
ou pas d'avoir une nouvelle imagerie ?
Bien sûr, parce qu'il y a des histoires,
enfin je veux dire des années 50 jusqu'à aujourd'hui.
Il y a des histoires de presse qui sont extraordinaires
avec des figures journalistiques
absolument et absolument extraordinaires.
Alors évidemment, ça évolue un peu.
On a vu, par exemple, le film inspiré de la BD
sur les algues vertes,
la journaliste Inès Léros
qui est portée à l'écran par Céline Salette.
Donc je ne dis pas qu'il ne se passe rien.
Mais c'est quand même un peu comme les patrons de gauche
et les poissons volants,
ce n'est pas la majorité du genre.
Alors tous les grands acteurs disent
« Ben moi c'est Belmondo, Gabin, De Niro,
par exemple, la patino qui m'a inspirée
pour parler des Américains.
Vous, c'est Edoui Plénel, votre pigmalion ou pas ? »
Oh, pigmalion, je ne sais pas.
Mais Edoui a fait partie des figures
qui m'ont donné envie de faire ce métier.
Et notamment un de ses livres que j'ai lu
quand j'avais peut-être 17, 18 ans, 19 ans,
qui était un livre sur la présidence Mitterrand
où il racontait ses enquêtes
qu'il avait fait sur la présidence Mitterrand
et puis il essayait d'en tirer des leçons de choses.
Et c'est un livre absolument formidable.
Ça fait un peu employé du moi de dire ça,
mais je le pense vraiment.
Il le sait qui s'appelle « La part d'ombre ».
Et c'est un livre d'un style
et d'une puissance factuelle
et d'un style d'analyse
que je trouve absolument remarquable.
Mais j'ai mis l'autre figure qui m'ont inspiré
et surtout « Outre-Atlantique ».
Bien sûr, le journaliste Sémur Ursch,
même si à la fin de sa carrière
il a fait des révélations très contestées,
je crois assez contestables,
mais on lui doit les révélations
sur le massacre de Miley pendant la guerre du Vietnam,
l'espionnage de la population américaine
par la CIA
ou la révélation dans le New Yorker
des tortures d'Abou Graïb par l'armée américaine en Irak,
évidemment le duo Woodward Bernstein
mais aussi ce qu'on peut appeler le journalisme littéraire,
Gaetalys, Tom Wolf, Norman Mailer ou tant d'autres.
Moi je suis allé puiser des inspirations
n'ayant pas fait d'école de journalisme.
N'ayant rien appris à l'université,
je me suis fait mon université intime
avec des figures de partout.
Mais justement, sur Edouie Plénel,
il n'y a pas une contradiction
parce que tout à l'heure vous me parliez du journaliste de fait,
du réel.
Edouie Plénel a aussi connu
la partie journalisme d'opinion éditorialiste.
C'est vrai, bien sûr.
Ce qui n'est pas trop votre calme, on va dire.
Non mais Edouie, il a une carrière
qui se compte sans lui faire injure en décennie.
Il a dirigé des journaux,
il a dirigé la rédaction du premier quotidien français Le Monde.
Il a, par nature, quand on est à des postes comme ça,
pris des positions, fait des éditoriaux
et moi-même sur ma matière
ou au sein du service que je co-dirige
le service des enquêtes avec Michael H. Denberg à Mediapart,
il m'arrive de faire ce qu'on appelle à Mediapart des partis pris,
c'est-à-dire des articles d'analyse
où on prend position,
mais la matière première de tout cela,
ce sont toujours les faits.
C'est pour ça que je plaide
pour la primauté de l'information sur les opinions.
Je ne dis pas que les opinions,
c'est moins bien que l'information
et que l'information, c'est mieux que les opinions.
Il faut les deux en démocratie.
Mais il faut une primauté de l'information sur l'opinion.
Il faut d'abord les informations
et après l'opinion.
Sinon, franchement,
ce n'est plus du journalisme.
C'est un bavardage d'apéro entre copains.
Moi, j'adore ça dans ma vie privée,
mais sur des plateaux télé et ce n'est pas possible.
En fait, comment vous recrutez les futurs harfies à des castigues ?
Quels sont les qualités pour devenir
journaliste d'investigation ?
Le look, le look déjà,
évidemment, la bonne veste.
Voilà, la veste en vidéo.
En écoles du journalisme,
j'ai donné des cours en écoles du journalisme.
On va apprendre à faire un bon papier,
à appeler des gens, à recouper un peu,
mais on n'apprend pas l'investigation.
On sort de l'école,
c'est même pas ce qu'est un pv,
un procès verbal, un pv d'audition.
Ce n'est pas ce qu'est un magistrat instructeur.
Voilà, par exemple.
Bien sûr, mais ça,
ce n'est pas que le problème du journalisme.
C'est vrai que là, ce que vous pointez sur la...
En fait, en France,
si on ne fait pas des études de droit,
on ne sait rien de la justice.
C'est quand même, alors qu'on est tous concernés,
toutes et tous concernés pendant toute notre vie
par potentiellement la chose judiciaire,
soit que nous soyons victimes,
soit que nous soyons auteurs ou autrices d'un délit.
Mais même quand vous allez à la boulangerie,
vous achetez un baguette de pain,
vous passez à un contrat.
C'est quand même juridique ce qu'il se passe,
parce que vous ne signez pas qu'il n'existe pas.
Bon, et c'est vrai que personne ne sait ce qu'il y a un procureur,
un juge d'instruction, comment ça fonctionne, etc.
Et on ne l'apprend pas plus bizarrement dans les écoles de journalisme.
Sur le recrutement à Média Part,
bon, en fait, c'est très compliqué le recrutement,
parce qu'on essaye à la fois de ne pas tomber
dans les billets sociologiques
qui sont ceux d'une rédaction parisienne,
dans un quartier sympathique,
dans le 11e arrondissement de Paris,
et avoir une espèce d'uniformisation d'une rédaction.
Donc, on essaye d'ouvrir les vannes du point de vue de l'origine sociale,
de toutes sortes d'origine pour échapper à un carcan sociologique,
parce que, en fait,
ce n'est pas sans conséquence sur la façon de regarder le monde
et les sujets qui peuvent nous intéresser.
Ce qui est certain, c'est que pour le service enquête,
avec Michael, H. Danberg,
on ne regarde jamais les diplômes des gens, par exemple.
Moi, je me contrefous.
C'est très français de voir de quelle école on vient.
Moi, vraiment, ça m'intéresse,
parce que voilà, la vie des gens, le parcours, m'intéresse.
Mais ça entre, mais jamais en ligne de compte de savoir
si quelqu'un a fait Sciences Po, Normal Sup,
telle école de journalisme ou pas du tout, aucune autre.
Et je serais quand même très mal placé
pour être arbitre des élégances,
moi-même, n'ayant que le bac à l'auréat.
Allez, on va parler de votre blog buster, c'est l'affaire Sarkozy.
Alors déjà, l'affaire Sarkozy et du financement dit Libyen.
Un bon film, c'est aussi un bon pitch.
Nous, on veut, parce que personne n'y comprend rien.
D'ailleurs, c'est le titre documentaire d'un film
dont Radio Nova est partenaire.
Le pitch de cette affaire, en deux phrases,
trois phrases pour qu'on comprenne de quoi il s'agit.
Ben, l'ancien président, et c'est de plus proches collaborateurs,
ont noué avec une dictature effroyable
et le numéro deux de cette dictature
qui est un terroriste condamné par la France,
un pacte de corruption dont le but était de financer
illégalement la campagne présidentielle de 2007.
C'est ça, le résumé tel que le tribunal de première instance
l'a écrit dans son jugement en décidant de condamner
Nicolas Sarkozy, Brice Hortefoe, Claude Guéant,
qui sont les deux lieutenants dont je viens de parler.
Alors évidemment, ils ont fait appel.
Et comme ils ont fait appel,
ils sont de nouveau présumés innocents.
Et donc on verra ce que la Cour d'appel de Paris
qui se réunira entre mars et juin 2026
dira à nouveau de cette affaire qui n'a pas douté
et probablement l'une des plus grandes affaires
d'atteinte à la probité de la Vème République
et peut-être même des républiques précédentes.
Alors il a été plus rapide que dans le prison de break.
Nicolas Sarkozy, 50 prisons est sorti au bout de 20 jours.
C'est normal qu'il sorte aussitôt,
beaucoup gens ne comprennent pas.
Alors autant certains dans l'autre camp
fait semblant peut-être de ne pas comprendre.
Toi, il y a vraiment des gens qui ne comprennent pas.
50 prisons 20 jours nous parlent de son âge.
Est-ce qu'il peut retourner déjà en prison pour ?
En fait, c'est vrai que c'est dur à comprendre.
Mais en réalité, j'espère que quand on explique,
on le comprend très facilement comme très souvent dans ces histoires.
Nicolas Sarkozy, il est condamné au terme du procès
à 5 ans de prison ferme.
Et il est incarcéré au regard de l'exceptionnelle gravité des faits
qui ont été jugés, que j'ai essayé de résumer.
C'est la raison pour laquelle il est placé en détention.
Il est traité comme le citoyen qu'il est.
Je veux dire, près de 90 % des gens,
d'après la statistique du ministère de la Justice,
dans un cas équivalent, sont incarcérés.
Donc il y a en fait,
ça aurait été un privilège pour Nicolas Sarkozy
de ne pas avoir été incarcéré.
Donc c'est l'application de la loi de l'incarcerer.
Seulement, c'est là où ça devient technique et juridique,
à partir du moment où Nicolas Sarkozy fait appel du jugement,
qui par définition ne peut intervenir qu'après le jugement.
On ne peut pas faire appel avant, puisqu'on ne le connait pas.
À partir du moment où il fait appel, son statut change.
Il n'est plus un condamné qui purge une peine.
C'est un présumé innocent placé en détention provisoire
dans l'attente de son procès, qui sera son procès en appel.
À partir de ce moment-là,
la loi nous dit que les critères pour le maintenir en détention provisoire
ne sont pas les mêmes que ceux pour lesquels on l'a incarcéré.
Dès lors, on regarde autre chose.
Et ce que nous dit le Code de procédure pénale,
c'est que la prison pour la détention provisoire doit être l'unique moyen.
C'est l'expression de l'article 144 du Code de procédure pénale.
C'est l'unique moyen pour éviter un, une fuite,
d'un risque de concertation avec les complices présumés.
Trois, des destructions de preuve, quatre, des pressions sur les témoins.
La Cour d'appel a estimé que,
vu les garanties de représentation de Nicolas Sarkozy qui s'est présenté,
à toutes ses gardes à vue, à toutes ses auditions,
à toutes ses audiences au procès,
il avait des garanties de représentation qui font que la prison
en détention provisoire pour lui n'est pas l'unique moyen d'empêcher le reste.
Pour autant, la Cour d'appel a dit, je vous libère,
mais il y a un contrôle judiciaire très serré
qui vous empêche de rencontrer vos complices.
De faire pression sur les témoins et même d'entrer en contact
de quelque manière que ce soit avec le ministre de la Justice et la Cour d'appel
a écrit pour la sérénité des débats et pour préserver l'indépendance de la justice.
Donc déjà, ce que le président de la Cour d'appel envoie comme signal
à la fois à l'équipe Sarkozy, mais aussi à Gérald Darmanin
et au gouvernement en disant attention,
on ne va pas tolérer la moindre émiction qui pourrait perturber notre indépendance.
Ça n'est pas rien.
La scène la plus marquante, on ne l'a pas vu venir, en fait.
C'est Carla Bruny Sarkozy qui tende d'arracher la bonnette de Médiapart.
Vous avez réagi comment, c'est ça?
Nous, on a trouvé ça hallucinant.
Certains ont rigolé, il y a eu beaucoup de mèmes.
C'est devenu presque une image pop.
C'est ça.
Mais ça veut dire aussi quelque chose.
Oui, d'abord, d'abord, la bonnette va bien.
Voilà, elle est journal, tout va bien.
Elle est un peu gratinée.
Non, on va la mettre sous cloche, un peu comme le canard enchaîné
qui, dont des agents des services secrets intérieurs
avaient fait un trou dans les futurs locaux du canard pour mettre des micros.
Ils ont gardé le trou, le canard, et c'était dans le bureau du directeur.
Et ils ont mis ce trou nous a été offert par le ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin.
Bon, on va s'inspirer de ça pour pour mettre la bonnette sous cloche
et dire que cette bonnette a été jetée le 25 septembre 2025
par terre au tribunal de Paris par Carla Bruny Sarkozy.
Bon, c'est à la fois, c'est un geste en effet très pop
qui a été le véhicule d'une attention et d'une curiosité
qui a permis à plein de gens qui ne s'intéressaient peut-être pas naturellement
à cette histoire, à s'y intéresser.
Donc merci, Carla Bruny, qui a été pour nous une attachée de presse formidable.
Pour autant, je ne suis pas pour qu'on folklorise trop le geste
et que ça vienne écraser l'exceptionnelle gravité
pour reprendre les termes du tribunal de cette affaire, qui est une affaire très grave
parce que Nicolas Sarkozy essaye de se faire passer pour la victime dans ce dossier.
Or, il y a des vrais victimes dans ce dossier qui sont les familles de victimes
d'un attentat dans l'auteur et le terroriste avec lequel on négociait d'après la justice
les proches, les doublures, si j'ose dire, de Nicolas Sarkozy.
Et justement, ce spectacle-là et les éléments de langage
qui essaient d'imposer Nicolas Sarkozy dans le débat public
ont vocation précisément à occulter ses faits d'une gravité incroyable.
En vous et les séries, il y a un truc, parce que vous avez co-écrit,
c'est ça, ou écrit, la série argent et de sang.
C'est ça, c'est dans ce sens d'argent et de sang.
Pardon, que j'ai vu, qui est vraiment très bien sur l'affaire de la taxe carbone,
qui est là aussi, c'est une affaire dont on n'y comprend pas grand chose à l'origine.
Vous n'aviez jamais écrit de scénarios,
tu apprends une fois d'un scénario aussi long de comme ça ?
Oui, en fait, ce qui s'est passé, c'est que j'ai fait des enquêtes pour
mes diapartes sur l'escroquerie au côte à carbone qui a ce site particulier
d'avoir débouché directement et indirectement sur des assassinats,
quelque chose de très scorcésien dans cette affaire.
Et ensuite, c'est devenu un livre de, comment dire,
de journalisme sans fiction, un livre du réel qui s'appelle
d'argent et de sang que j'ai écrit et le réalisateur Xavier Giannoli,
qui s'était passionné pour cette histoire, a décidé de l'adapter
en série de fiction.
Il m'a demandé de l'accompagner avec le scénariste
Jean-Baptiste de Lafond pour être un peu garant de l'intégrité
face au réel de cette affaire et de cette série qui demeure
toutefois une série de fiction.
Est-ce qu'il y a des largesses qui ont été prises,
que vous avez validées ?
Vous avez d'ailleurs participé au casting ou pas ?
Vous avez dit, ah tiens, Ramsey Bédias, je le vois bien,
un marquant moulive, dis-quoi.
Alors, j'ai pas participé au casting à proprement parler,
mais j'étais associé par Xavier Giannoli qui me disait
qu'est-ce que tu en penses, qu'il me montrait les tests
qui étaient faits face caméra pour le casting ?
Oui, oui, c'était super, moi, j'ai découvert un univers
qui n'est pas le mien et je dois dire que pendant longtemps,
à tort et même bêtement, quand on est journaliste,
parfois, on s'est dit la fiction, c'est le lieu du mensonge.
Et en fait, pas du tout là, j'avais compris théoriquement
que c'était pas le cas en grandissant,
mais en étant confronté à l'exercice pratique
de la transformation du réel en série de fiction populaire
et grand public, j'ai compris à quel point la fiction,
c'était un autre visage du réel et qu'on pouvait faire des fictions
intègres vis-à-vis du réel quand elle s'en réclame.
C'est-à-dire que, vous savez, quand on voit cette série
est inspirée de faits réels ou librement inspirée de faits réels,
etc., quand on s'inspire de faits réels dans la fiction,
de mon point de vue, c'est le rapport moral que j'ai à Sam
et qui est exactement celui de Xavier Giannoli,
on a une dette vis-à-vis du réel dont on s'inspire.
On ne fait pas n'importe quoi.
Mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas avoir de l'imagination,
inventer des scènes et des personnages,
mais on ne manipule pas non plus,
on ne trahit pas le réel dont on s'inspire.
Ça avait été reproché par exemple à Bac-Nord,
où ça avait été la thèse de policière.
Alors qu'il y avait des policiers condamnés,
elle avait été suivie par le réalisateur Jiménez,
et on avait dit d'ailleurs à l'extrême-droite,
tu avais salut le film.
Exactement, et c'est ce qu'on a vu,
et c'est ce qu'on voit en ce moment sur les écrans,
avec le film La femme la plus riche du monde,
inspirée de la ferbette en cours,
qui a quelque chose dans son scénario,
tel que c'est raconté dans le film,
absolument, de mon point de vue manipulatoire
et qui vise un but très précis,
c'est de dire que tel personnage dans la vraie affaire
est peut-être un dendis scandaleux,
mais sûrement pas quelqu'un qui a profité
de la vieillesse et de la faiblesse d'une vieille dame
pour la dépouiller.
Et donc voilà, et donc je trouve que ça pose
des questions politiques, éthiques,
absolument passionnantes au cinéma,
quand il s'inspire du réel,
et des réalisateurs, je les ai cités,
comme Pacoula, comme Sidé Lumet, comme Scorsese.
Il y a un documentaire en ce moment sur Scorsese,
sur la vie de Scorsese qui s'appelle
Mr. Scorsese, qui est réalisé par Rebecca Miller,
qui montre que Scorsese,
dont la plupart de la filmographie est inspirée du réel,
il avait l'obsession de la vérité.
Et donc il faisait toujours très attention
dans son scénario, qui est un scénario de fiction,
d'être au plus près de la vérité et du réel.
Comme le Lou De Wall Street.
Exactement, et d'ailleurs c'est pas pour rien
que l'un des grands scénaristes de Scorsese,
Nicolas Pellegui, était un journaliste.
De dernière question,
vous pourriez changer de métier,
justement, de venir un scénariste,
réalisateur ou ses journalistes à vie ?
Non, je sais pas.
Je pense qu'on n'est pas mariés avec son métier.
Je trouve ça moi fascinant de bifurquer.
J'ai beaucoup d'admiration pour les gens
qui changent de métier.
Peut-être qu'un jour,
je ferai de la musique plus sérieusement.
Je ferai de la cuisine où je sais pas quoi ou rien.
On fait quoi en musique ?
Moi, je joue de la guitare.
Oui, et quoi, comme c'est quoi, c'est roche ?
J'ai un petit groupe,
on fait des reprises qu'on déconstruit complètement.
C'est vrai ?
Et voilà, on fait parfois des petits concerts
dans les bars du 20e à Paris.
Il faudra me dire.
Voilà, les Josiane, ça s'appelle.
Ah oui ?
Moi, vous avez fait votre promo sur Radio Nova.
Sur Radio Nova, c'est très beau.
Les copains seront contents.
Mais bien sûr, non, non, je ne sais pas.
Je sais pas répondre à cette question,
mais je pense que tout est toujours possible.
Et vous comprenez qu'on puisse vous dire,
c'est souvent, ça vient souvent de la bolauré sphère,
que vous êtes un média orienté,
que vous êtes un média de gauche,
que vous les attaquez.
Là, c'est la question journalistique aujourd'hui,
pour terminer.
Ben, ben, venant de chaînes comme CNews,
ça manque pas celle, quand même,
d'être accusé d'idéologie ou une militantine
pour des gens qui sont en réalité
le véhicule de l'idéologie.
Et j'ai envie de dire, c'est pas un débat de...
Vraiment, c'est pas un débat extrême droite,
extrême gauche, gauche, droite.
C'est pas tant ça le problème.
C'est que pour servir l'idéologie qui est celle
par exemple du groupe bolauré et CNews,
c'est qu'ils ont besoin de manipuler l'effet.
Ils ont besoin du faux
pour pouvoir imposer leur récit.
Et je veux dire, une chaîne qui serait d'extrême gauche
et qui ferait exactement la même chose,
ce serait pas plus acceptable.
Donc, la question n'est pas une question
de ce point de vue-là.
Pour moi, la question principale,
bien sûr que l'extrême droite est une idéologie
d'une dangerosité folle.
On en a déjà fait l'expérience dans notre histoire
et je ne fais pas d'équivalence.
Mais, ce qui m'importe en tant que professionnelle
de l'information, c'est le rapport au réel.
Et on sait bien que des idéologies
qui ne sont pas celles du camp de l'extrême droite
peuvent aussi produire des tragédies en termes d'information.
Je veux dire quand même dans l'Union soviétique,
le journal s'appelait la pravda.
Ça veut dire la vérité,
on était à peu près sûr de ne pas la trouver dedans.
Donc, ce qui importe, c'est vraiment,
et je reviens au début de notre discussion,
c'est la grammaire factuelle
et les faits ont parfois quelque chose de brutal
qui s'impose à nous
et qui nous oblige à penser contre nous-mêmes.
Et c'est ça qui est fort dans le journalisme.
Pour terminer cet entretien,
pour vous, on est dans quelle série actuellement ?
Dans le monde dans lequel on vit aujourd'hui ?
On est dans plein de séries, plein de films.
On est à la fois dans South Park.
On est à la fois dans une série que j'avais adoré,
qui s'appelait Yours & Yours,
qui était une dystopie, mais une petite dystopie.
C'était notre époque plus subitant.
Et en fait, c'était très fort,
parce qu'on se disait c'est pas croyable ce qui s'y passe
et en même temps, on avait l'impression que c'était possible.
Et c'est vrai que c'est une série qui est sortie
il y a quelques années, qui est déjà dépassée.
Donc on est vraiment dans ce moment hors-ouéliens
d'un monde inversé.
Une autre série, on est un peu dans Stranger Things.
Stranger Things, cette série de science-fiction
où il y a un monde normal, le nôtre,
et puis il y a un monde inversé.
Mais littéralement, à l'envers, l'upside-down,
dans lequel il y a les monstres.
Et bien, ce monde renversé qui est hors-ouéliens
où la guerre, c'est la paix, l'ignorance, c'est la force,
c'est le monde renversé et les monstres, c'est ça.
Les monstres, c'est ceux qui participent de l'effacement
de la frontière entre le vrai et le faux.
Et donc je vais répondre. Peut-être que la solution,
la solution à tout ça, c'est un personnage,
c'est Jim Carrey, dans le Truman Show.
Quand il décide de prendre le bateau
pour s'échapper de ce monde fictif,
factice qu'on lui a construit.
Et c'est compliqué, il y a la tempête,
il est renversé, il est en guenis, il est trempé,
il prend des coups.
Mais au bout d'un moment, le bateau, il touche le décor.
Et bien, c'est ça le journaliste, quand on touche le décor.
Merci pour cette conclusion magnifique, Fabrice Arfi.
Merci d'avoir été personnage principal.
Et on vous retrouve évidemment dans Mediapart.
On vous retrouve dans quelques...
Personnage principal, Asvin Ahmed Shahouj.
