Celles qui prennent sur elles - La chronique de Juliette Arnaud

Celles qui prennent sur elles - La chronique de Juliette Arnaud

La chronique de Juliette Arnaud • 01/03/2026 • 05:21

Références : Bérénice - Racine / Raison et sentiments - Ang Lee
La chronique de Juliette Arnaud dans La dernière du dimanche 1er mars 2026 sur Radio Nova.
La dernière, le dimanche à 18h en direct sur Radio Nova et à tout moment en podcast et en vidéo.

Transcription

Nova aime, plus fort que le diable, le 25 mars au cinéma.
Une comédie méchamment drôle avec Melville Poupaud, heureux de retrouver son fils.
Salut !
C'est quoi, 10-12 ans ?
C'est 21 ans.
Et Asien Argento.
Il y a quelque chose qui te dérange.
Recouverte de tatouage nazi.
Ça ?
C'est un symbole asiatique, papé.
Qui vont s'associer pour kidnapper Marine Vacte.
Ça fait combien de temps que vous faites ce trafic ?
Tatoupe Sivre, ok ?
Plus fort que le diable, une comédie recommandée par Radio Nova, le 25 mars au cinéma.
Radio Nova.
La dernière.
19h23, on va parler films, livres, aventures, personnages.
Avec Juliette Arnaud !
Alors, c'est 15 derniers jours en France.
Ça a été une succession de bagarre.
Pugila, entre supporters, dans un stade de foot à Strasbourg.
Pugila au salon de l'agriculture.
Et puis là, à Lyon, il y a 15 jours, le drame.
Des hommes qui se battent à mon âge, c'est pas compliqué.
J'en ai vu toute ma vie.
Mais là, franchement, maman est fatiguée.
Grosse envie de citer Thérèse dans le Père Noël et tu es une ordure.
Écoutez, Josette, dans la vie, il y a un temps pour toute chose.
Un temps pour prendre ses aises.
Et un temps pour prendre sur soi.
Parce que prendre sur soi,
en fait, ça peut être une chose immense.
Ça peut même être une chose admirable.
Dans Bérénice, la tragédie de Racine, qui date de 1610.
Je vous fais un résumé rapide de la pièce.
On est à Rome au premier siècle.
Titus aime Bérénice.
Bérénice aime Titus, splendide.
Sauf que Titus va être nommé empereur.
Et que, je cite Racine,
l'Imen chez les Romains n'admets qu'une romaine.
Rome est tous les rois.
Et Bérénice est reine.
Alors, il va falloir que Bérénice quitte Rome, Titus.
Et qu'elle rentre chez elle, loin, très loin.
N'allez pas croire, hein.
Titus aime Bérénice.
Il dit depuis 5 ans, tiens, chaque jour, je la vois.
Il croit toujours la voir pour la première fois.
Et puis ces gens-là, Bérénice et Titus,
ils s'aiment pas depuis 10 minutes.
Ça fait 5 ans qu'ils sont ensemble,
qu'ils ont une liaison amoureuse,
vécue par des adultes.
Pourtant, Titus s'apprête à sacrifier Bérénice
à la raison d'Etat.
Il se sacrifie, lui aussi, au passage.
Il lui dit, je sens bien que sans vous,
je ne serais plus vivre,
que mon cœur de moi-même est prêt à s'éloigner.
Mais, il ne s'agit plus de vivre.
Il faut régner.
Du coup, sous le choc,
Bérénice offre le plus beau cri des espoirs
de la littérature française.
Elle lui dit à Titus,
dans un mois, dans un an,
comment souffrions-nous, Seigneur,
que tant de mères me séparent de vous,
que le jour recommence et que le jour finisse
sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
sans que de tout le jour,
je puisse voir Titus.
Et puis Bérénice surmonte son vertige.
Elle prend sur elle.
Elle ne tue personne,
ni elle, ni Titus.
Et pour une fois,
au pays de la tragédie,
personne ne meurt.
Bon, tout le monde est malheureux.
Mais,
personne ne meurt.
Et parfois aussi,
personne ne meurt,
et même ça finit bien.
Parce que prendre sur soi
est récompensé, là, maintenant,
en se bas-monde.
Dans le film d'Anglis,
réalisateur Taïwene,
dans un film qui date de 1995,
où il adaptait le roman Eponine
de James Austin,
Raison et Sentiment.
Il y en a une qui prend sur elle de dingue.
C'est Elina Or,
incarné par Emma Thompson.
Elle joue la fille née de trois sœurs.
Le film commence,
le père de la famille vient de mourir.
L'héritage va aller au fils d'un premier mariage.
Bref,
trois gamines sans rien.
La mère endeuillée ne démontre
aucun sens pratique
pour s'adapter à leur nouvel état précaire.
La sœur qui a dit ses temps
est parfaitement adorable,
mais romantique à crever,
littéralement,
et la petite dernière à dix ans,
Elina Or n'a donc pas d'autre choix que de
prendre sur elle,
d'endosser la raison,
avec un grand air,
d'être l'adulte dans la pièce.
Et constamment,
pendant le film,
lui est reproché,
sa retenue,
voire sa froideur.
Et Elina Or, elle enquête.
Elle prend sur elle,
pour protéger les autres.
Et nous,
on la regarde,
morflée en silence,
si on a envie de crier dans nos mains.
Et puis, enfin,
arrive une scène folle.
Enfin, la maîtrise,
d'elle-même d'Elina Or,
peut cesser.
Elle peut protéger sa famille,
et s'annonce pour elle,
un bonheur inespéré.
Et la jeune femme,
éclate en sanglots.
Elle ne verse pas face caméra,
une au deux larmes,
parfaitement cinégénique.
Non.
Elle éclate,
détournée de la caméra,
de profil,
pas un mot articulé.
Le corps se rend,
on voit tout son corps,
lâché, pris de soubresseaux.
Et au milieu de nos larmes,
à nous, on lui chuchote,
vas-y ma grande,
pleure, sanglotte,
lâche,
débonne ton cœur.
Bref,
faites inscrire sur ma pierre tombale.
On lui avait seriné
toute sa vie,
pleure, du pisse-ras-moins.
Elle était la preuve vivante
que c'est faux.
Juliette Arnaud !
Merci beaucoup Juliette !
Pour trouvant podcast,
comme toutes les chroniques de l'émission
et sur Instagram,
Juliette Arnaud,
payez l'homme !

A poursuivre

Vous aimerez aussi

Autres episodes proches

Articles lies